(Echos du Niger, 29 mai) Le Trésor public malien a effectué hier mercredi 28 mai, une opération simultanée d’émission de Bons et d’Obligations Assimilables du Trésor (BAT et OAT), sur le marché financier régional de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA-Titre). L’opération, structurée autour de deux instruments à court et moyen termes, visait à lever 60 milliards de francs CFA pour financer les efforts budgétaires de l’Etat. Si la souscription a globalement répondu aux attentes, des signaux laissent néanmoins penser que les investisseurs se montrent de plus en plus prudents au regard du contexte macroéconomique national.
D’après le compte rendu livré par UMOA-Titres, l’émission portait sur un BAT à 182 jours et une OAT à 3 ans. Le montant total mis en adjudication était de 60 milliards FCFA, soit 30 milliards pour chaque instrument. Au terme de la séance, le Trésor malien a réussi à lever 57,87 milliards FCFA, soit un taux de couverture global de 96,45 %. Un taux convenable, mais qui se distingue de l’appétit affiché par les investisseurs lors des précédentes opérations. En effet, sur une souscription de 66,55 milliards FCFA, le taux de couverture par les soumissions a été de 110,92 %. Le Trésor a donc choisi d’opérer des sélections sur les offres, en acceptant les propositions jugées compétitives sur la base des taux
Le choix peut se lire comme une volonté marquée de contenir l’immense coût de la dette en raison des pesanteurs budgétaires accrues. La prime de risque a refait son apparition. Alors que les investisseurs proposaient des rendements légèrement au-dessus des niveaux enregistrés lors des émissions similaires du pays de début d’année, le BAT à un échéance de 182 jours a été adjugé à un taux moyen pondéré de 6,19 %, tandis que l’OAT à trois ans s’est vu infligée un taux de 7,69 %.
Ce relèvement des taux peut être mis au compte d’une exigence accrue des acteurs du marché. La trajectoire de finances publiques du Mali, marquée par des tensions sur les ressources fiscales et une forte hausse des dépenses sécuritaires, ne pèse pas en faveur d’une meilleure soutenabilité de sa dette, d’où une réclamation des créanciers en fonction d’une prime de risque plus élevée. Le contexte même régional, encore empreint des contraintes géopolitiques et des incertitudes sur la stabilité monétaire, n’est pas en sa faveur.
Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

