Le président ivoirien récevant le PM du Niger

Rencontre à Abidjan entre le PM Lamine Zeine et le Président ADO: vers un dégel entre Niamey et Abidjan?

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(Echos du Niger 28 mai) En marge des Assemblées Annuelles 2025 de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui se déroulent du 26 au 30 mai à Abidjan, le Premier ministre, Ministre de l’Économie et des Finances, M. Ali Mahamane Lamine Zeine, a été reçu en audience ce mardi 27 mai, par le Président de la République de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara. Au centre des échanges entre les deux personnalités, le renforcement de la coopération nigéro-ivoirienne, en panne depuis les évènements du 26 juillet 2025 et l’avènement du CNSP au pouvoir. Malgré la méfiance qui continue d’amplifier la brouille diplomatique, les deux pays membres de l’UEMOA ont pourtant tout intérêt à renouer le fil de leurs relations surtout au regard des enjeux économiques de l’heure.

Officiellement, c’est un entretien protocolaire mais qui va au-delà du symbole! En séjour dans la capitale économique ivoirienne qui accueille l’édition 2025 des Assemblées annuelles de la BAD (#AfDBAM2025), le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a échangé avec le Chef d’état du pays hôte, Alassane Ouattara. Une rencontre au sortir de laquelle rien n’a filtré mais qui a été consacrée, selon le ministre nigérien de l’Économie et des Finances, à la coopération entre les deux pays. Les deux personnalités ont ainsi échangé sur les voies et moyens permettant de renforcer la coopération bilatérale qui était en panne depuis les évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement du CNSP au pouvoir suite au coup d’état contre l’ancien président Bazoum Mohamed.

On se rappelle que le président ivoirien, dont la proximité avec l’ancienne puissance coloniale et son Président actuel, Emmanuel Macron, n’est plus à démontrer, était l’un des farouches partisans de la méthode forte contre les nouvelles autorités militaires du Niger. En plus des sanctions économiques de l’UEMOA ainsi que de la Cédéao qu’il a fait adopter, Alassane Ouattara était du camp des “faucons”, qui avaient longtemps plaidé pour une intervention militaire de l’organisation d’intégration ouest africaine au Niger. A l’époque, il avait même publiquement affirmé que son pays était prêt à déployer un bataillon dans le cadre de la force expéditionnaire envisagée par les chefs d’Etat de la Cédéao, pour restaurer l’ordre constitutionnel à Niamey.

Brouille diplomatique persistante entre Niamey et Abidjan…

Depuis la brouille diplomatique s’est installée entre Niamey et Abidjan d’autant que les accusations de tentative de déstabilisation des pays de la Confédération de l’AES (Niger, Mali et Burkina Faso) par les puissances occidentales, particulièrement la France, en complicité avec le régime d’ADO, sont devenues de plus en plus amplifiantes. Les autorités militaires du Niger sont allées jusqu’à mettre fin à la mission de l’Ambassadeur du Niger en poste en Côte d’Ivoire, sans qu’il ne soit à ce jour remplacé. Aujourd’hui encore, à Niamey, Ouagadougou ou Bamako, le régime d’Alassane Ouattara est vu comme “le valet par excellence de l’impérialisme français et américain” sur le continent et principalement au Sahel.

Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et malgré la méfiance qui persiste, les choses se sont progressivement tassées. Le régime du CNSP s’est confortablement installé à la tête du pays et le Niger, avec le Burkina Faso et le Mali, ont décidé de s’allier au sein d’une nouvelle organisation d’intégration, la Confédération AES, après avoir quitté la Cédéao. En dépit de cause pour certains et face à la réalité des plus évidentes, le Chef de l’Etat ivoirien a fini par faire contre mauvaise fortune bon cœur et a même tenté, à plusieurs reprises, de faire réintégrer l’organisation ouest-africaine aux dirigeants trois pays dissidents. Par médiateurs interposés à l’image du nouveau Président Ghanée, John Mahama Dramani ou son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Sans succès…

Séparés de la Cédéao mais unis par l’UEMOA…

Désormais, le Niger tout comme ses alliés de l’AES ne font plus partie de la Cédéao. Mais tout comme le Burkina et le Mali, les 3 pays restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec la Côte d’Ivoire. Le Niger et la Côte d’Ivoire restent encore membres du Conseil de l’Entente, une organisation certes moribonde aujourd’hui mais qui peut s’avérer utile.

Il faut aussi relever que dans le cadre de la sortie des pays de l’AES de la Cédéao, des négociations ont commencé pour élaborer un nouveau partenariat entre les deux organisations. Bien que le Mali et le Burkina, qui partagent des frontières communes avec la Côte d’Ivoire et donc ont plus d’intérêts, il n’en demeure pas que le Niger a aussi une carte à jouer en se rabibochant avec le pays qui accueille une forte communauté nigérienne sur son territoire. Surtout, le pays d’Alassane Ouattara est la première puissance économique de l’UEMOA et il est inutile de rappeler l’influence du Président ADO dans les organisations financières sous-régionales (BCEAO, BOAD, BIDC…) ou internationales (BAD, FMI, Banque Mondiale…). Il n’est pas inutile de mettre en exergue le fait que le Président ADO et le PM Lamine Zeine étant tous les deux issus d’institutions financières internationales (FMI et BAD), pourrait beaucoup faciliter la reprise de la coopération bilatérale dans ce contexte où le Niger est en train de renouer avec les partenaires financiers. Coïncidence peut-être, le séjour du Premier ministre à Abidjan intervient en pleine discussions avec la BAD pour la reprise de ses financements au Niger et surtout dans un contexte marqué par un recours de plus en plus au marché régional avec une sortie prévue d’ailleurs ce mercredi 28 mai à la BRVM pour un besoin du Trésor de 100 milliards de francs CFA!

Autant dire que malgré la brouille diplomatique, les enjeux actuels plaident pour une reprise des relations entre les deux pays comme il a été question au cours de cet entretien qui est plus que symbolique! Comme le disent les financiers, c’est tout bénef pour les deux pays qui, in fine, seront obligés de continuer à cohabiter ensemble. Les régimes passent, les intérêts pour les États et les populations demeurent!

A. Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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