(Echos du Niger 15 mai) L’actualité nationale est dominée ces dernières heures par la stupeur et l’indignation provoquées par une tentative avortée de féminicide à Niamey. La victime, une jeune fille d’une vingtaine d’années, aurait été brûlée vive par son ex-mari qui, selon les premières indiscrétions, se refusait à accepter leur séparation. Selon les premières informations recueillies auprès des membres des familles, le présumé auteur serait actuellement en cavale alors que la victime a été admise aux urgences où elle aurait été conduite par son bourreau et suit actuellement des soins intensifs en raison de graves blessures qu’elle a subies. En attendant les conclusions de l’enquête ouverte par les services compétents sur les vraies circonstances de ce tragique évènement qui a tout l’air d’un crime passionnel, cet énième drame vient témoigner de la plus macabre mais illustrative des manières, de l’ampleur de la prégnance des violences faites aux femmes, et au-delà, des violences basées sur le genre (VBG), dans notre société.
Malheureuse coïncidence de l’histoire, il aura fallu que ce soit un 13 mai, journée officielle de la célébration de la Journée Nationale de la Femme Nigérienne (JNFM), pour que ce drame qui vient rappeler la dure réalité des choses à l’opinion nationale et au-delà, à toute l’humanité, au regard de l’audience particulière que les réseaux sociaux vont imprimer à ce qui, il y a quelques années encore, serait passé presque inaperçu ou tout un plus un banal fait divers dans les manchettes de certains journaux de la presse.
Les faits, c’est que le mardi 13 mai dernier alors que les Officiels et autres organisations féminines et leurs partenaires étaient en train de célébrer la journée de la Femme et à commémorer son courage pour avoir osé revendiquer ses droits, le destin d’une jeune fille, à la fleur de l’âge, était en train de basculer de la plus macabre des manières. Ce jour-là, l’ex-mari de la victime, avec qui elle était divorcée depuis un bout de temps, a planifié ce qui est à première vue, un assassinat de son ancienne dulcinée, dont il se refusait à accepter la séparation. Selon les témoignages recueillis auprès des proches de la victime, il se serait rendu au sein de la famille de la victime où il aurait sollicité son ex-femme pour le suivre, après avoir sacrifier à tous les salutations d’usage auprès de sa belle-famille.
D’après les mêmes sources et les témoignages faits par la suite par des proches impliquées dont un de ses amis à qui il s’est confié après avoir commis son forfait, il l’aurait amené en dehors de la ville, devant le quartier aéroport où il l’aurait attachée et aspergée d’essence avant de lui mettre le feu. Par la suite, certainement pris par le remords ou la peur, il aurait contacté l’ami en question pour lui avouer les faits. Ce dernier l’aurait empressé de retourner pour tenter de rattraper l’acte commis en essayant de sauver la pauvre victime. C’est ainsi que le présumé auteur l’aurait amené par la suite aux urgences de l’Hôpital avant de disparaître et prendre la fuite non sans avoir au préalable pris soin d’informer ses proches de son macabre acte.

La victime est actuellement en soins intensifs aux services des urgences et selon certaines indiscrétions, elle souffre de grave brulure au troisième degré et des dispositions sont en train d’être prise ou envisagées pour son évacuation à l’extérieur pour une prise adéquate tant son cas est grave et le pronostic vital engagé. Les deux familles de l’ancien couple sont actuellement au chevet de la victime, alors que le présumé auteur des faits est en cavale et activement recherché. Des images de la victime relayées sur les réseaux sociaux, au mépris de la décence et en violation de ses droits, témoignent de l’état dans lequel la patiente et victime est et dévoile toute la cruauté de l’acte.
En l’état actuel des choses, la procédure ouverte par les services compétents se poursuivent et les conclusions de l’enquête permettront de faire la lumière sur ce drame macabre qui a tout l’air d’un crime passionnel. La justice fera par la suite son travail et c’est tout ce qui est attendu pour que le coupable puisse répondre de ses actes et que la sanction puisse servir de leçon, ou à défaut, de prévention à tous ceux qui seront tentés de commettre un tel acte. C’est avant tout la vertu pédagogique de tout procès et de la justice tout simplement !
La prévalence des VBG, une réalité loin des discours…
En attendant, à Niamey et sur les réseaux sociaux, c’est la stupeur mais aussi l’indignation et même l’incompréhension au sein de l’opinion. Aucune raison ne peut justifier cet acte visiblement planifier. Et comme il fallait s’y attendre, une histoire dramatique sur les réseaux sociaux constitue un terreau fertile pour des débats émotionnels et parfois passionnels ! Cette affaire en est encore la parfaite illustration bien qu’elle ne soit pas un cas isolé. Elle vient, en effet, illustrer de la plus belle manière l’ampleur des violences basées sur le genre (VBG) et surtout les violences dont sont victimes les femmes, assez souvent dans le silence, dans notre société.
Selon l’UNFPA, en 2021, une étude nationale a révélé que 38,2 % des femmes nigériennes ont subi des violences basées sur le genre au cours de leur vie. Les violences physiques représentaient 58 % des cas enregistrés selon la même source
En 2022, une enquête Afrobaromètre a indiqué que 52 % des Nigériens estiment qu’il est justifié qu’un homme use de la force physique pour discipliner sa femme. De plus, 89 % considèrent que la violence domestique est une affaire privée. C’est ainsi qu’en 2020 on dénombre 2 628 cas de VBG recensés par la Police et 2 042 par la Gendarmerie à travers le pays rapporte UNFPA.
Loin des discours de satisfaction, la réalité en est toute autre et ce drame comme beaucoup d’autres ne font que renvoyer la société à ses réalités et à ses responsabilités, en attendant qu’elle en fasse véritablement cas de conscience, loin des crises de conscience éphémère et les larmes de crocodiles qui accompagnent comme toujours ce qui pour certains, n’est encore qu’un banal fait divers…
Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

