(Échos du Niger 9 mai)Dans un décret signé le jeudi 08 mai, le Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, a procédé à la nomination des membres du Bureau du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR). Ce nouvel organe, issu de l’ordonnance n°2025-07 du 18 avril 2025, est censé donner une nouvelle impulsion au processus de refondation nationale…
Parmi les personnalités nommées, plusieurs visages bien connus des sphères politiques, sociales et militaires nigériennes. Le président du CCR, Dr Mamoudou Harouna Djingarey, chef de canton de Sinder, est épaulé par une équipe composée de vice-présidents, rapporteurs et présidents de commissions aux profils diversifiés, mais non sans lien avec un épisode politique récent : les Assises nationales de février 2025.En effet, nombre de ces nouveaux membres avaient siégé aux travaux des Assises nationales, grandes consultations censées jeter les bases d’une refondation consensuelle du pays.
Or, si ces assises avaient accouché de recommandations ambitieuses pour une transition démocratique apaisée, force est de constater que plusieurs de ces propositions sont restées lettres mortes. D’autres encore ont été modifiées, réinterprétées, parfois vidées de leur essence, selon les humeurs ou les calculs politiques du président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).Dès lors, une question brûlante s’impose : assistons-nous, sous une autre forme, de séance des prolongations des Assises nationales ? La composition du bureau du CCR, sa mission et même sa structure rappellent étrangement les dispositifs proposés lors de ces assises, mais jamais entièrement mis en œuvre.
Faut-il y voir une tentative de légitimation du pouvoir en place, à travers des visages familiers et un vernis consultatif ?
Si les intentions affichées sont nobles, entre autre, paix, sécurité, cohésion sociale, justice, développement l’absence de mise en œuvre concrète des recommandations précédentes nourrit scepticisme et méfiance. Dans un contexte où la parole donnée peine à se traduire en actes, la création de ce CCR ressemble pour certains à un énième outil de temporisation, une diversion institutionnelle pour repousser des échéances politiques cruciales.
Les prochains jours seront décisifs. Ce bureau, désormais en place, devra démontrer par ses actes qu’il ne s’agit pas d’un simple prolongement cosmétique d’un processus de consultation sans effet. Le peuple nigérien, dont la soif de justice et de gouvernance responsable ne faiblit pas, sera attentif. Très attentif.La refondation est-elle en marche ou piétine-t-elle sur ses propres promesses ? L’Histoire, une fois de plus, est en train de s’écrire à Niamey.
Mahamadou Tahirou (lesechosduniher.com)

