Faure Gnassimbé

Togo : vers une « monarchisation » de la République  

Gouvernance Politique

(Echos du Niger 6 mai) Le Togo s’engage dans une nouvelle ère politique marquée par une réforme constitutionnelle majeure. Désormais, le président de la République n’est plus élu au suffrage universel, mais désigné par le Parlement. Parallèlement, l’ancien président, Faure Gnassingbé, devient chef du gouvernement et chef des armées. Une reconfiguration du pouvoir qui suscite interrogations, critiques et inquiétudes, tant sur le plan national qu’international.

Le suffrage universel direct a longtemps été présenté comme le fondement de la légitimité présidentielle. En supprimant ce mécanisme électoral, le pouvoir togolais opère une rupture symbolique et politique forte. Désormais, c’est une élite parlementaire – souvent acquise à la majorité présidentielle – qui désigne le chef de l’État. Cette mesure, bien que légale au regard de la Constitution révisée, s’éloigne des principes fondamentaux de la démocratie représentative.

Plusieurs observateurs dénoncent une réforme constitutionnelle conçue pour maintenir Faure Gnassingbé au sommet du pouvoir sous une nouvelle forme. En devenant chef du gouvernement et des armées, l’ancien président concentre entre ses mains les leviers stratégiques de l’État, reléguant le nouveau président désigné mais non élu à un rôle essentiellement protocolaire.

« Ce n’est pas une transition, c’est une transformation autoritaire déguisée en réforme institutionnelle », analyse un politologue basé à Lomé.

Si les autorités parlent d’un « aggiornamento » constitutionnel inspiré de certains modèles parlementaires, beaucoup y voient plutôt une « innovation autoritaire » : un système qui préserve l’apparence de la démocratie (parlement, président, gouvernement), tout en verrouillant le pouvoir réel au sein d’un cercle restreint. Cette stratégie est emblématique des régimes dits néo-patrimoniaux, où la loyauté personnelle prime sur les institutions.

Certains analystes vont plus loin et parlent de monarchisation de la République. Depuis l’indépendance, la famille Gnassingbé détient le pouvoir sans interruption : d’abord Gnassingbé Eyadéma (1967–2005), puis son fils Faure. La nouvelle configuration politique pourrait être perçue comme la continuité d’un pouvoir dynastique, désormais ancré dans une architecture institutionnelle sur mesure.

Face à cette réforme, l’opposition est affaiblie, les voix critiques marginalisées et la société civile divisée. Le risque est grand de voir le Togo s’enliser dans un autoritarisme constitutionnalisé, où les institutions ne servent plus à garantir l’alternance, mais à perpétuer le pouvoir d’un même régime sous des formes renouvelées. Une réforme constitutionnelle controversée qui éloigne davantage le pays du modèle démocratique.

La communauté internationale, quant à elle, observe avec prudence. Mais pour de nombreux Togolais, c’est un sentiment de résignation mêlé de frustration qui domine. Car derrière cette « innovation politique », c’est l’idéal démocratique qui recule encore un peu plus.

Mahamadou Tahirou (lesechosduniger.com)

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