Image d’illustration (Unicef Niger)

Niger : L’école suspendue à une réunion teste pour le 8 mai 2025

Éducation Niger

(Echos du Niger 6 mai) Après des semaines de tension, de silence institutionnel et de grèves à répétition, une lueur d’espoir ou d’illusion semble pointer à l’horizon. Dans une correspondance officielle datée du 2 mai 2025, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation technologique, également président du comité interministériel, convie les syndicats du secteur de l’éducation et de la formation à une réunion décisive prévue pour le 8 mai. Une initiative qui survient après une série de mouvements sociaux inédits, menés par la très active Coalition des Syndicats de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (COSEFP).

Mais faut-il y voir le début d’un dialogue sincère ou une énième tentative de gagner du temps ? Cette interrogation hante désormais les esprits des acteurs du secteur, échaudés par des mois voire des années de promesses non tenues.

Le mois d’avril 2025 a été marqué par trois vagues de grèves : les 10 et 11, du 16 au 18 et enfin du 28 au 30. Ces arrêts de travail, organisés avec rigueur et détermination, ont profondément affecté le fonctionnement du système éducatif. Mais ils ont surtout révélé un malaise profond et durable, nourri par une accumulation de frustrations, d’attentes déçues et d’engagements reniés.

En effet, les responsables syndicaux n’ont de cesse de rappeler les engagements pris lors de la réunion du 4 décembre 2024, restés depuis lettre morte. Malgré les appels incessants adressés au président du comité interministériel, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Ce silence coupable a provoqué la colère des partenaires sociaux, les poussant à hausser le ton et à recourir à leur ultime levier de pression : la grève.

Au cœur de la contestation, trois revendications structurantes : L’ouverture du recrutement sans concours des enseignants contractuels à la fonction publique, pour ceux ayant au moins quatre ans d’ancienneté. L’ouverture immédiate des négociations autour de la plateforme revendicative de la Dynamique et de la COSEFP, conformément aux termes du communiqué du 4 décembre 2024. La libéralisation de la domiciliation des salaires des agents contractuels dans les établissements bancaires de leur choix.

Ces demandes, loin d’être extravagantes, relèvent d’un simple souci de justice sociale, de reconnaissance professionnelle et de respect des droits. Ignorer de telles revendications équivaut à mépriser ceux qui, au quotidien, portent à bout de bras l’avenir de la jeunesse de ce pays

La convocation à une réunion pour le 8 mai prochain soulève autant d’espoirs que de doutes. Doit-on y voir le signe d’un changement de posture gouvernementale, une volonté sincère d’écouter et d’agir ? Ou s’agit-il, une fois encore, d’une opération de diversion, destinée à désamorcer la pression syndicale sans réelle volonté de satisfaire les doléances ?

La question reste entière. Et les partenaires sociaux, désormais sur leurs gardes, semblent moins enclins à accorder une confiance aveugle. L’expérience de décembre dernier a laissé des traces. Ils savent désormais que les belles paroles ne suffisent pas. Ce qu’ils réclament, ce sont des actes concrets, un calendrier clair, des mesures immédiates.

Le 8 mai ne saurait être un simple rendez-vous protocolaire. Il doit marquer le point de départ d’une nouvelle ère dans les relations entre l’État et les syndicats du secteur éducatif. Il est temps que le gouvernement prenne la pleine mesure de l’urgence de la situation. Le statu quo n’est plus tenable. Chaque jour d’inaction affaiblit un peu plus le socle de notre système éducatif.

Si la réunion du 8 mai accouche, une fois encore, de promesses creuses, nul doute que la réponse syndicale sera à la hauteur de la déception. Mais si, au contraire, elle permet d’engager une dynamique de résolution, alors elle pourra rester dans l’histoire comme le jour où la parole publique a retrouvé sa crédibilité. La balle est dans le camp du gouvernement.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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