(Echos du Niger 5 mai) La récente annonce du Conseil Consultatif de la Refondation par décret du Général Abdourahamane Tiani, le 1er mai 2025, a le goût amer d’un rendez-vous manqué avec l’histoire. Présenté comme l’organe chargé de jeter les bases de la refondation national, ce conseil s’ouvre sous le signe d’une exclusion qui interroge autant qu’elle inquiète. Car au-delà de la rhétorique de refondation, c’est une réalité bien plus prosaïque qui se dessine : celle d’un pouvoir qui craint la contradiction plus qu’il ne cherche pas la concertation.
En effet, les grands absents de cette assemblée sont aussi ceux qui incarnent la conscience critique d’un État qui sont : les magistrats, les universitaires, les économistes, les journalistes, artistes… Autant de voix que l’on aurait pu croire indispensables à une démarche se voulant inclusive, équitable, tournée vers l’avenir. Pourquoi alors cette mise à l’écart volontaire ? Est-ce par souci de contrôle ? Par crainte que ces esprits libres ne viennent troubler un scénario déjà écrit ? La question est légitime, et la réponse semble évidente.
Car inclure ces acteurs indépendants, c’est accepter la remise en question, le débat, la complexité. C’est ouvrir la porte à des exigences, à des rappels de principes, à une rigueur intellectuelle et morale qui ne se plie pas aux logiques du pouvoir. Or, l’exemple récent de la Guinée est éloquent. En effet lorsque le représentant de l’ordre des avocats siégeant au Conseil de transition a claqué la porte, dénonçant le non-respect des engagements électoraux, c’est tout un système de compromission qui a vacillé. Le Général Tiani aurait-il tiré les leçons de cette fronde, préférant éviter tout grain de sable dans une machine qu’il souhaite bien huilée ?
En choisissant majoritairement des figures issues de la société civile, parfois proches du régime ou peu représentatives, en favorisant les notabilités religieuses et traditionnelles, le pouvoir nigérien semble orienter cette assemblée non vers la refondation, mais vers l’adhésion. Ce Conseil risque fort de devenir une chambre d’enregistrement, là où l’on attendait une agora républicaine. Une fois encore, le mirage de la représentativité dissimule mal la réalité du verrouillage.
Mais à qui veut-on faire croire qu’une refondation nationale peut se faire sans les intellectuels, sans les praticiens du droit, sans les analystes économiques, sans les artistes qui expriment les douleurs et les rêves du peuple ? Le Niger, pays de richesses humaines considérables, mérite un chantier à la hauteur de ses espérances. Fermer la porte à la diversité des pensées, c’est bâtir sur du sable. Et l’histoire, souvent, se montre implacable avec les bâtisseurs de mirages.
Les jours à venir diront si cette initiative était un élan sincère ou un simulacre organisé. Mais une chose est sûre : refonder un pays ne peut se faire dans la peur de la contradiction. Au contraire, c’est dans le frottement des idées, dans la pluralité des points de vue, que germe le vrai changement. Le Niger n’a pas besoin d’un silence organisé ; il a besoin d’un dialogue courageux.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

