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Conseil Consultatif de la Refondation : l’espoir d’une refondation sincère ou une illusion institutionnelle ?

Actualité Gouvernance

(Echos du Niger 4 mai) Le 1er mai 2025, un décret présidentiel a marqué une étape décisive dans le processus politique en cours au Niger. Le Général Abdourahamane Tiani, Chef de l’État, a procédé à la nomination de 189 membres au Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), tel que prévu par l’article 68 de la Charte de la Refondation. Cette institution, théoriquement placée au cœur de la réflexion nationale, est chargée d’éclairer les décisions du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et du Gouvernement, en leur fournissant avis, recommandations et propositions.

Cette annonce, lourde de promesses, suscite autant d’espérances que d’interrogations. Qui sont ces femmes et hommes, civils et militaires, censés incarner la diversité sociale et professionnelle du pays ? Quelle légitimité possèdent-ils, et surtout, quelle marge d’action leur sera réellement accordée ?

Le CCR est présenté comme un organe consultatif. Or, dans un contexte où le CNSP concentre l’essentiel du pouvoir législatif par ordonnances, le véritable rôle de ce Conseil demeure flou. Va-t-il se contenter d’une posture de conseil ou assumera-t-il une fonction normative alternative, contribuant à l’élaboration de textes de lois susceptibles de rééquilibrer les rapports institutionnels ? Rien n’est moins sûr. Car, si la refondation est le mot d’ordre, elle ne saurait se réaliser sans une rupture claire avec les pratiques d’opacité et de gouvernance autoritaire.

Plus encore, le CCR saura-t-il aborder de front les grands dossiers qui minent la confiance des citoyens ? Les scandales retentissants du « MDN gate », de l’ »Uranium gate » et tant d’autres, restés sans suite judiciaire, appellent une clarification urgente. Le silence prolongé face à ces affaires symbolise tout ce que le peuple rejette : impunité, collusion et gestion sans redevabilité.

D’autre part, certaines ordonnances prises par le CNSP, comme celle du 23 février 2024 (ordonnance 2024-05), ont fragilisé davantage les piliers de la bonne gouvernance notamment la transparence. Cette disposition, qui autorise la passation des marchés publics sans obligation de transparence, a légitimé l’opacité financière. Le CCR osera-t-il remettre en question ces textes ? Aura-t-il la force de recommander leur abrogation ou leur révision dans l’intérêt du peuple ?

Autre point de tension : la désignation du bureau du CCR. Sera-t-elle le fruit d’un processus démocratique et transparent, ou bien assisterons-nous à une mascarade de légitimation, où les noms sont déjà choisis et les rôles prédéfinis ? Le mode de nomination de ses dirigeants sera révélateur du degré de sincérité du processus enclenché.

Le CCR est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il peut être le creuset d’un renouveau démocratique, d’un retour à l’écoute du peuple, ou n’être qu’une façade de plus, destinée à maquiller la réalité d’un pouvoir qui peine à rompre avec les pratiques du passé. Les heures à venir, les premiers actes de cette institution, et surtout la nature de ses prises de position, en diront long sur les véritables intentions de ceux qui dirigent. Le peuple nigérien, lucide et vigilant, attend plus que des discours : il veut des actes, de la justice, et une gouvernance exemplaire.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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