(Echos du Niger 4 mai) Chaque année, le 3 mai marque une date importante pour les démocraties du monde, celle de la Journée internationale de la liberté de la presse. Cette journée a été instituée en 1993 par les Nations unies, elle trouve son origine dans la Déclaration de Windhoek, adoptée en 1991 en Namibie, où des journalistes africains ont affirmé l’impérieuse nécessité d’une presse libre, indépendante et pluraliste. Depuis, cette commémoration mondiale sert à évaluer la santé de l’information, à dénoncer les atteintes à la liberté d’informer, et à défendre ceux qui, parfois au péril de leur vie, s’efforcent de dire la vérité.
C’est dans ce cadre que Reporters Sans Frontières (RSF) publie chaque année son Classement mondial de la liberté de la presse, un outil de référence qui évalue la capacité des journalistes à exercer librement leur métier dans 183 pays. En 2025, l’alerte est grave : la situation mondiale est jugée “difficile”, une première depuis la création du classement.
Selon Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, la fragilisation économique des médias constitue aujourd’hui une menace aussi sérieuse que les violences physiques subies par les journalistes. L’indépendance des rédactions est mise à mal par la concentration des médias, le manque de transparence des aides publiques et les pressions financières croissantes. Dans de nombreux pays, ces contraintes réduisent au silence les journalistes, les forçant à composer avec des intérêts politiques ou économiques qui les éloignent de leur mission première : informer de manière libre, fiable et responsable.
Cette crise structurelle de l’information n’épargne aucun continent. Si la Norvège reste, pour la neuvième année consécutive, en tête du classement grâce à un environnement médiatique stable, à l’inverse, l’Érythrée, la Corée du Nord et la Chine incarnent des systèmes fermés où toute voix dissonante est réprimée.
Dans ce paysage mondial, le Niger se classe 83ème , recule de trois places par rapport à l’an dernier. Un déclin symptomatique d’une situation qui se détériore. Le pays fait face à une série de mesures restrictives inquiétantes, au premier rang desquelles la suspension de l’arrêté d’exercice de la Maison de la presse, structure essentielle pour la régulation et la promotion du journalisme indépendant.
À cela s’ajoutent des tentatives répétées de museler la presse, des intimidations à l’égard des professionnels de l’information (le cas récent de la télévision canal 3) et aussi le climat d’insécurité juridique qui pousse nombre de journalistes à l’autocensure. Ce contexte délétère, loin d’être anodin, fragilise la démocratie nigérienne en transition, car il n’existe pas de citoyenneté éclairée sans liberté de la presse.
Pendant que des pays africains comme l’Afrique du Sud (27ème ), la Namibie (28ème ) ou le Cap-Vert (30ème ) montrent qu’il est possible de conjuguer stabilité politique et liberté médiatique, le Niger semble emprunter un chemin inverse, dangereux pour son avenir démocratique
En cette Journée internationale de la liberté de la presse, un appel pressant doit être lancé aux autorités nigériennes celui qui consiste de cesser les intimidations, de protéger les journalistes, de garantir l’accès à l’information et surtout lever la suspension de la Maison de la presse. Ces gestes ne relèvent pas de la simple volonté politique, ils sont les fondements d’un État de droit.
La liberté de la presse n’est pas un luxe, c’est un droit. Et dans un pays où la parole libre est bâillonnée, c’est toute la société qui s’en trouve appauvrie. Briser le silence, c’est faire le choix de la vérité, de la transparence et de la justice.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

