(Echos du Niger 26 avril)Le Niger, en quête d’un second souffle économique, vient de poser une pierre qui pourrait bien être celle d’un futur scandale , en scellant un partenariat stratégique avec un homme d’affaires au passé aussi chargé que sulfureux. Kamlesh Pattni, figure controversée du monde des affaires africain, revient sur le devant de la scène, cette fois dans le sillage de l’or nigérien, sous la bannière de sa société Suvarna Royal Gold Trading LLC, enregistrée à Dubaï.La signature de ce partenariat, qui prévoit l’implantation d’une raffinerie d’or et d’un centre de traitement de pierres précieuses au Niger , suscite un flot de questionnements et d’inquiétudes légitimes.
Pattni n’est pas un inconnu pour les observateurs des affaires troubles du continent. Il est au cœur du scandale Goldenberg au Kenya dans les années 1990, qui a causé un préjudice de plusieurs centaines de millions de dollars à l’État kenyan. Un nom associé aux pratiques de blanchiment d’argent, de contrebande d’or et ciblé par des sanctions américaines et britanniques, ne devrait-il pas sonner l’alarme dans les hautes sphères de l’État nigérien ?
La vraie question est donc très simple : le gouvernement nigérien est-il au courant de l’identité réelle de son nouveau partenaire ? Peut-on sérieusement imaginer que les services de renseignement ou les diplomates du Niger n’aient pas eu accès aux informations qui pullulent sur ce personnage ?
Si tel est le cas, alors l’inquiétude est plus profonde encore : avons-nous affaire à une naïveté institutionnelle ou à une stratégie désespérée dictée par le besoin criant de liquidités ?Ce partenariat ne survient pas dans un vide. Il s’inscrit dans un contexte où le Niger semble devenu une destination marginale, souvent boudée par les investisseurs traditionnels, en raison de l’instabilité politique et des sanctions internationales. Les caisses de l’État sont à sec, la pression budgétaire est immense, et le CNSP, qui tient les rênes du pouvoir, doit montrer des résultats concrets, rapidement.
Faut-il alors conclure que le pays, par défaut d’alternatives crédibles, se résigne à ouvrir ses portes à des profils douteux ?Ce n’est pas la première fois que le Niger flirte avec l’opacité.

L’affaire récente de Zimar, entreprise fictive qui prétendait construire une deuxième raffinerie de pétrole à Dosso, a laissé un goût amer. Des fonctionnaires ont été balayés, la crédibilité de l’administration ébranlée, et le pays s’est encore enfoncé dans l’image d’un État vulnérable, prêt à pactiser avec n’importe qui pour un semblant d’investissement.
Alors, Kamlesh Pattni : opportunité ou énième piège doré ? Le gouvernement parle d’un projet de « valorisation locale » de l’or et d’une volonté de contrôler les flux miniers pour accroître les recettes publiques. En théorie, l’idée est louable. Mais peut-on bâtir un projet de souveraineté économique sur les fondations d’une réputation mafieuse ?Il est permis de douter de la sincérité d’un homme visé par des sanctions internationales, que certains qualifient de « recycleur d’or à grande échelle », et qui semble s’être fait une spécialité de proposer ses services aux États en difficulté.
Le Niger, en s’associant à lui, envoie un message ambigu à la communauté internationale : celui d’un pays prêt à faire fi des considérations éthiques et juridiques pour sauver ses finances.Dans les jours à venir, l’opinion publique nigérienne, les partenaires régionaux et la presse indépendante auront un rôle crucial à jouer pour exiger la transparence sur les termes de cet accord et sur l’identité réelle de ceux que l’État accepte comme partenaires stratégiques. Car si rien n’est fait, ce projet risque fort de n’être qu’un mirage de prospérité, un théâtre de dupes où l’or du Niger ne brillera que pour d’autres.
Le gouvernement savait-il, ou bien a-t-il été contraint ? Peut-être que la vérité se trouve entre les deux. Mais une chose est certaine : les nations ne se redressent jamais durablement en pactisant avec les fantômes du passé.
Mahamadou Tahirou(lesechos duniger.com)

