Mounkeila Halidou lors d’une manif

Le congrès extraordinaire à la hâte de la CNT annulé : Qu’est ce qui fait courir la centrale de Mounkeila Halidou ?

Front social Justice

(Echos du Niger 22 avril) Le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey a livré le 21 avril 2025, un verdict à la fois attendu et énigmatique dans l’affaire opposant le syndicat SUMAC à la Confédération Nationale des Travailleurs (CNT). En son audience de référé, le juge a jugé recevable la plainte du SUMAC qui demande l’annulation du congrès extraordinaire initialement prévu pour le 22 avril. Ainsi, il a donné acte au BEN/CNT pour ladite annulation, la jugeant sans objet, tout en laissant 15 jours à la CNT pour interjeter appel. Un dénouement à double tranchant qui ne fait qu’exposer les fractures béantes d’un syndicalisme nigérien en mal de clarté et de cohérence.

Une convocation puis une volte-face…

Tout a commencé le 16 avril dernier, lorsque le Bureau Exécutif National (BEN) de la CNT annonce la convocation du 1er congrès extraordinaire, prévu pour le 22 avril. Une décision portée par une déclaration collective des secrétaires généraux des syndicats affiliés, intervenue le 12 avril, en soutien à leur SG tout juste blanchi par la Cour d’appel dans une procédure engagée par le SUMAC contre sa légitimité. Le congrès s’annonçait comme un moment opportun pour restaurer l’unité, resserrer les rangs et réaffirmer la légitimité du leadership.

Mais à la surprise générale, le BEN opère une retraite inexpliquée, annonçant l’annulation du congrès dans une correspondance daté d’hier 21 avril adressée aux syndicats affiliés évoquant « la situation qui prévaut » et une consultation du conseil général. Une justification floue qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le milieu syndical.

Des interrogations légitimes…

Cette volte-face alimente toutes les suspicions. Puisque la correspondance d’annulation du congrès n’indique pas expressément comme on pouvait s y attendre qu’elle donne suite à la décision de la cour d’appel certain y voit une machination. La peur d’un congrès qui tournerait à la motion de défiance contre le SG ? Une pression venue d’en haut ? Ou une stratégie interne visant à neutraliser toute tentative de recomposition du leadership ? Le silence du BEN sur les raisons réelles de l’annulation a ouvert la voie à toutes les spéculations.

Certains y voient une manœuvre défensive du Secrétaire Général lui-même, craignant pour son fauteuil. D’autres évoquent des influences politiques extérieures. Faut-il le rappeler cette guerre judiciaire ne vise uniquement la personne de Mounkeila Halidou avec qui une main invisible voudrait en découdre après la sortie remarquée la CNT en janvier 2025. Dans cette déclaration Mounkeila Halidou dénonçait la situation économique délétère dans lequel le pays est plongé depuis les évènements du 26 juillet ; une justice sélective envers des personnalités économiques proches du CNSP etc…. La sortie relayée sur France24 sous un angle encore plus critique a été mal perçue par les sphères dirigeantes.

Une situation de controverse…

De son côté, la SG du SUMAC, bien connue dans les cercles syndicaux pour ses positions tranchées, a saisi la justice en référé contre ce congrès et trouve gain de cause.  Ceci, en dépit de son profil professionnel intriguant : anciennement déléguée syndicale à Air France, entreprise qui n’existe plus au Niger, Dame Doumbia et son syndicat fantôme sont exclue depuis longtemps de la CNT. Elle avait même tenté rapportent certaines sources un rapprochement avec une autre centrale sans succès.

Comment une figure ainsi marginalisée a-t-elle pu revenir dans l’arène syndicale avec une telle vigueur judiciaire ? Quel intérêt sert-elle réellement ? Son acharnement à vouloir réintégrer la CNT et influer sur son fonctionnement interne fait naître de sérieux doutes quant à l’agenda réel de sa démarche. Déboutée par la Cour d’appel le 9 avril, elle a néanmoins réactivé le contentieux en ciblant l’annulation du congrès. Une stratégie procédurière qui alimente le malaise au sein de la CNT.

Une justice qui tranche sans trancher…

Le tribunal, tout en reconnaissant la recevabilité du recours, estime qu’en l’état, la requête est sans objet, puisque le congrès a été annulé avant même sa tenue. Une conclusion qui clôt le dossier juridiquement et temporairement du moins mais qui ne fait que renforcer l’opacité politique et syndicale entourant l’affaire. Les partis disposent désormais de quinze jours pour faire appel, mais au-delà de la procédure, c’est le fondement même de la gouvernance syndicale qui se trouve ébranlé.

Vers une nouvelle décrédibiliserions du mouvement syndical ?…

Ce nouvel épisode vient illustrer la dérive d’un syndicalisme trop souvent prisonnier de querelles internes, de calculs personnels et d’influences extérieures. Loin d’incarner un contre-pouvoir structurant et légitime, la CNT semble aujourd’hui s’enliser dans des luttes intestines où la représentativité des travailleurs passe au second plan.

À l’heure où le pays fait face à des défis économiques, sociaux et sécuritaires majeurs, ce repli sur soi du monde syndical est préoccupant. La décision du tribunal ne règle rien. Elle suspend, elle temporise, mais la crise demeure entière.

La question est désormais claire : la CNT peut-elle encore se relever de cette impasse ? Ou sombrera-t-elle définitivement dans une guerre de clans, où les intérêts particuliers auront raison de l’intérêt général ? L’histoire le dira. Mais pour l’instant, le syndicalisme nigérien vacille et avec lui, une certaine idée de la démocratie sociale.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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