Patrice Talon en revue de ses troupes

Bénin: le JNIM profite du climat de méfiance entre Cotonou, Niamey et Ouaga pour s’emparer du Parc du W et s’étendre dans le Golfe de Guinée

Sécurité

(Echos du Niger 22 avril) A défaut d’une véritable communication gouvernementale sur la dernière attaque dont a été victime le pays, la semaine dernière, les spéculations ont vite pris le dessus sur les véritables menaces et enjeux de ce qui déroule dans la zone frontalière Benin-Niger-Burkina. jeudi 17 avril dernier, l’armée béninoise a, en effet,  été la cible d’une nouvelle attaque terroriste dans le Parc national du W, au nord du pays. Officiellement, le gouvernement n’a pas communiqué sur cette nouvelle attaque qui, selon des sources sécuritaires, a fait 8 morts parmi les soldats béninois ainsi que 11 terroristes neutralisés. Le weekend, le JNIM (affilié à Al-Qaeda) a revendiqué le double assaut qui aurait fait des dizaines de morts dans les rangs des forces armées béninoises (FAB) selon le groupe malien actif dans la zone des trois frontières avec le Burkina et le Niger. Avec à la clé, une importante quantité d’armes et de munitions saisies et qui ont été exhibées en trophée sur les canaux de propagande par les terroristes tout comme des images macabres de soldats capturés et torturés, sans que les sources en soient véritablement authentifiées. De quoi alimenter les inquiétudes sur l’expansion de plus en plus meurtrière dans le golfe de Guinée de la filiale sahélienne du groupe fondé par Oussama Ben Laden  mais aussi de polémiques sur les vrais enjeux de cette nouvelle zone à risques qui est train d’émerger dans la frontière bénino-burkinabé-nigérienne.

Le silence du gouvernement béninois sur cette dernière attaque, qui n’est pas sans rappeler celle de janvier dernier avec une vingtaine de soldats tombés au front, a laissé libre cours à la propagande terroriste de prospérer et d’être diversement exploitée sur les réseaux sociaux. Le 17 avril dernier, deux positions des forces armées béninoises, ont été la cible d’une attaque terroriste, dans le parc national du W, au nord du Bénin.

Selon des sources sécuritaires citées par plusieurs médias locaux, l’attaque a visé deux positions des soldats antijihadistes de l’opération « Mirador » au niveau des chutes d’eau de Koudou et du triple point, la zone frontalière entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso. Le bilan non officielle fait état de huit (08) soldats béninois tombés et treize (13) autres blessés. Onze (11) terroristes ont par ailleurs été tués, indiquent les mêmes sources.

Le Groupement des Militants de l’Islam et de soutien aux Musulmans (JNIM), un groupe terroriste opérant au Sahel, dans la zone des 3 frontières,  a revendiqué ces attaques coordonnées suite auxquelles, les commandos de l’armée béninoise ont engagé un large ratissage pour rechercher d’éventuels corps, retrouver des disparus et évaluer les pertes.

Pour rappel, en janvier 2025, au moins vingt-huit (28) militaires béninois ont été tués dans une attaque perpétrée par des présumés terroristes dans le nord du Bénin dans la même zone frontalière où s’étend de plus en plus la filiale sahélienne d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI).

Une nouvelle attaque revendiquée par le JNIM qui profite du contexte pour s’étendre dans le Golfe de Guinée

Dans un communiqué diffusé par ses canaux de propagande, le JNIM a déclaré avoir tué au moins 70 soldats béninois lors de ces attaques simultanées qui  ont visé des compagnies militaires. Le groupe malien a également publié des images d’armes et d’équipements qui, selon lui, auraient été saisis lors des attaques. Parmi les objets prétendument saisis figuraient  des mitrailleuses lourdes M2HB de fabrication américaine, cinq mortiers PP87 d’origine chinoise, cinquante et un obus de mortier à roquettes, trois drones de surveillance, six motos, soixante-quatre grenades, soixante-dix-huit fusils Kalachnikov, plus de 300 chargeurs de munitions, des mitrailleuses Type 80 et W-85, des fusils Type 81-1, des lance-roquettes Type 56-1 et des projectiles antichars T69-1.

Des images de soldats capturés et torturés ont également été diffusées sur les mêmes canaux et à défaut d’authentification, il est impossible de se prononcer sur la véracité des informations véhiculées par le JNIM.

Comme il fallait s’y attendre, cette absence de communication a profité à la propagande terroriste avec des interprétations touts azimuts de la part d’experts autoproclamés. Certains n’hésitent pas d’ailleurs à remettre en cause la véracité de cette attaque, mettant en avant plutôt  “un subterfuge”  des autorités béninoises avec la complicité de la France, pour livrer des armes aux groupes terroristes afin de déstabiliser le Sahel. Il faut dire qu’en plus de ce silence du gouvernement béninois,  le climat de méfiance entre le régime de Patrice Talon et les autorités du Niger et du Burkina, tend à alimenter et même à amplifier ces interprétations tendancieuses car ce n’est pas la première fois que le Bénin est attaqué ou que les groupes terroristes profitent de leurs attaques pour se renforcer en armes et munitions. Comme au Mali, au Niger ou au Burkina Faso.

Un climat de méfiance qui profite aux groupes terroristes

En attendant, et comme mis en avant par des observateurs plus lucides, ce climat de méfiance qui persiste entre Porto-Novo, Niamey et Ouagadougou ne fait que profiter aux groupes terroristes. Le  JNIM continue d’étendre ses activités aux États côtiers d’Afrique de l’Ouest ces dernières années, modifiant ainsi son empreinte opérationnelle au-delà du Mali, du Niger et du Burkina Faso. En plus du Bénin, le Togo ainsi que la Côte d’Ivoire et le Ghana font également face aux même menaces sécuritaires qui se sont exacerbées à partir du Sahel.

Ikali Dan Hadiza (lesechosduniger.com)

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