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Réaménagement du gouvernement : la montagne a accouché d’une souris

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(Échos du Niger 18 avril) Le gouvernement nigérien a dévoilé le 17 avril 2025, une nouvelle équipe ministérielle, censée incarner un élan de refondation. Vingt-six membres, huit nouveaux visages, cinq départs. À première vue, une tentative de réajustement. Mais à bien y regarder, s’agit-il véritablement d’un changement de cap ou simplement d’un remaniement cosmétique d’un exécutif qui peine à convaincre depuis 2023 ?Derrière cette annonce en grande pompe, l’impression d’un changement réel se dissipe vite.

Certes, quelques ministères sont scindés : l’éducation nationale , la Santé publique , l’équipement et transport ou encore la Jeunesse et la Culture voient leurs portefeuilles réorganisés. On évoque la création de nouveaux ministères comme celui de la Formation et enseignent technique, la Refondation de la culture et des valeurs sociales. Population, action sociale et solidarité nationale, et enfin ministère de transport et de l’aviation civile, architecture gouvernementale redessinée, en apparence plus spécialisée.

Mais cette segmentation ministérielle ne saurait dissimuler l’essentiel de la continuité quasi totale dans les têtes dirigeantes.Tous les membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) présents depuis 2023 sont reconduits. Le cœur du pouvoir reste inchangé. Même visage, même discours, mêmes stratégies. Peut-on espérer des résultats différents avec les mêmes acteurs ?

Les défis auxquels le Niger fait face sont titanesques. La crise sécuritaire reste aiguë, l’économie qui chancelle, le chômage des jeunes grimpant en flèche, les caisses de l’État sont exsangues, les investisseurs fuient, et l’inflation gangrène le quotidien des citoyens. À cela s’ajoutent la grogne sociale, les menaces de grèves et un isolement diplomatique qui alourdit encore le fardeau national.Comment ce gouvernement, dans sa configuration quasi inchangée, entend-il apporter des réponses efficaces et innovantes à ces multiples urgences ? Où est la rupture promise, la refondation tant vantée ?

L’ajout de quelques universitaires, de jeunes figures issues de la société civile, suffit-il à rétablir la confiance et à impulser une dynamique nouvelle ?La disparition du ministère de l’Action humanitaire, dans un contexte où les besoins sont criants, interpelle. Est-ce un aveu d’impuissance ou une erreur de jugement stratégique ? Par ailleurs, la concentration des pouvoirs, notamment la double casquette du ministre directeur de cabinet également porte-parole du gouvernement soulève des questions sur la transparence et l’équilibre institutionnel.

Ce que l’on attend aujourd’hui du gouvernement, ce ne sont pas de simples ajustements d’organigramme , mais une vision claire, courageuse et concrète. Il faut des actes forts, une réorientation des priorités et une gestion inclusive et rigoureuse des affaires publiques. Les Nigériens ne veulent plus de promesses ni de discours formatés ; ils réclament des résultats tangibles, une amélioration réelle de leurs conditions de vie et une stratégie crédible pour sortir le pays de l’impasse.Ce remaniement suscite donc plus de scepticisme que d’espoir.

Le peuple observe, inquiet mais lucide. Peut-on vraiment espérer un avenir meilleur avec une équipe qui, pour l’essentiel, n’a pas su répondre aux attentes depuis plus de vingt mois ? Ou faut-il se résigner à une continuité sans cap, à des ajustements de façade pendant que le pays s’enfonce ?Le gouvernement veut donner l’image d’un souffle nouveau. Reste à savoir si cette image se traduira en actes. Pour l’heure, la montagne a accouché d’une souris.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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