(Echos du Niger 13 avril) Le 22 janvier 2024, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) s’est vu dans l’Obligation d’agir face au risque d’effondrement du système financier au Niger sous l’effet des sanction politique de la Conférence des Chef d’Etats et de gouvernement de la CEDEAO intervenu environs 6 mois au paravent. Cet effondrement s’il avait eu lieu ne serai pas sans conséquence pour la région. Dans un avis N°002-01-2024 en date du 22 janvier, la BCEAO a invité les instructions financières et les créanciers à considérer les Titres émis par le Niger comme sans risque tout en leur appliquant un traitement prudentiel. Un peu plus d’un an après, le régulateur financier de la sous-région annonce la levée de cette mesure le mardi 15 avril prochain.
L’esprit de l’avis N°002-01-2024 de janvier 2024 était que la BCEAO se porte garant des émissions du Niger sur le marché financier régional. Comme réserve et pour mieux contrôler la situation, l’institution régionale a simplement instruit les établissements bancaires à comptabiliser les titres publics du Niger dans un compte spécial ouvert uniquement à cet effet.
En levant subitement ces mesures temporaires de soutien liées aux titres publics du Niger, la BCEAO fait un choix aussi politique qu’économiquement périlleux. L’avis n°005-04-2025, émis le 3 avril dernier, annonce qu’à compter du 15 avril 2025, les établissements de crédit de l’UMOA devront désormais comptabiliser leurs expositions sur les obligations nigériennes selon les normes classiques, rompant ainsi avec l’assouplissement mis en place en janvier 2024.

Officiellement, cette décision marque un retour à la « normalité » comptable. Mais dans le contexte actuel d’instabilité institutionnelle au Niger, ce geste soulève bien des interrogations. La BCEAO, par cet acte, semble vouloir normaliser une situation qui demeure pourtant incertaine, et ce, sans réelle garantie de solvabilité à long terme de l’État nigérien.
En 2024, l’assouplissement avait été instauré pour éviter un effondrement du système bancaire sous le poids de la défiance vis-à-vis des dettes souveraines nigériennes, alors que le pays faisait face à une crise politique majeure. Or, rien ne prouve aujourd’hui que les conditions ayant justifié cette dérogation se soient fondamentalement améliorées. La levée brutale des mesures temporaires fait donc craindre un désengagement prématuré, presque désinvolte, de la part de la Banque Centrale.
Ce retour aux exigences prudentielles de 2016 signifie pour les banques, une exposition accrue aux risques souverains. En l’absence de mécanismes de compensation solides, cela pourrait provoquer des tensions sur les bilans bancaires et, à terme, sur le financement des économies locales.
En agissant ainsi, la BCEAO envoie un signal ambivalent : à la fois de confiance en la résilience des États membres, mais aussi de distance par rapport aux difficultés réelles du Niger. Ce choix peut apparaître comme une manière de contraindre les banques à assumer des responsabilités qui relèvent pourtant d’une gestion macroéconomique concertée.
Plutôt qu’un retour à la norme, c’est un pari sur l’aveuglement : celui d’une stabilité encore fragile, d’une solidarité régionale fissurée et d’un système financier livré à ses propres contradictions. Un pari qui pourrait bien coûter cher si les fondamentaux économiques ne suivent pas.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com

