(Echos du Niger 8 avril) La Confédération des États du Sahel (AES), dans un communiqué des plus fermes, a exprimé, le 6 Avril 2025 sa vive désapprobation face à la destruction d’un drone malien par les forces algériennes. L’incident, survenu dans la nuit du 31 mars au 1er avril, a eu lieu à Tin-Zaouatène, dans la région de Kidal, soulevant un accroc majeur dans les relations entre les deux pays voisins. L’attaque a été qualifiée de « provocation » et d’« agression » par le Collège des Chefs d’État de l’AES, qui y voit une tentative perfide de déstabiliser la région et de promouvoir le terrorisme. Cette déclaration intervient alors que l’Algérie, de son côté, a vigoureusement défendu ses actions dans un communiqué rendu public le lendemain soit le 7 avril 2025.
L’incident n’est pas un cas isolé, comme le rappelle le gouvernement algérien. Trois violations successives de son espace aérien par des drones maliens sont mises en évidence, notamment celle du 31 mars. Selon l’Algérie, ces incursions ont eu des motivations hostiles et ont justifié la destruction du drone. Pour Alger, il ne s’agissait pas simplement d’une intrusion dans son espace aérien, mais d’une manœuvre offensive qui menaçait la sécurité de son territoire. Un argument qui alimente la justification de l’action militaire dans un contexte régional déjà extrêmement tendu.
Les accusations maliennes contre l’Algérie ne se limitent pas à la simple destruction du drone. Elles pointent également du doigt une implication algérienne dans la déstabilisation du Sahel et l’échec des politiques sécuritaires menées par la junte malienne. Le Collège des Chefs d’État de l’AES fustige ainsi une « violation du droit international », et rappelle les relations fraternelles qui, selon lui, devraient lier les peuples de la région, relations désormais mises à mal par cet acte « irresponsable ».
Cependant, cette querelle dépasse la simple question de l’incident aérien. Ce conflit latent entre les deux pays se nourrit de la profonde crise sécuritaire que traverse le Mali depuis plusieurs années. L’Algérie, voisine et partenaire traditionnel, est accusée de fermer les yeux sur les actions de la junte malienne, qu’elle qualifie de « putschiste ». De son côté, le Mali, en proie à une insécurité croissante, pointe du doigt la passivité de certains États voisins, et notamment l’Algérie, qu’il considère comme un obstacle à la stabilité régionale.
Dans cette dynamique, les appels à la réciprocité se font entendre des deux côtés. L’Algérie a décidé de rappeler ses ambassadeurs pour consultations au Mali, au Niger et au Burkina Faso, en réaction au soutien de ces derniers aux thèses maliennes. Un geste symbolique qui témoigne de l’escalade des tensions diplomatiques.
Cet échange de communiqués, à la fois solennels et menaçants, reflète une situation géopolitique de plus en plus complexe dans le Sahel. La guerre contre le terrorisme, qui aurait dû être l’un des axes majeurs de coopération entre ces nations voisines, semble aujourd’hui éclipsée par des querelles politiques internes et des rivalités géostratégiques. La crise de confiance est palpable, et le spectre d’une déstabilisation accrue plane désormais sur cette région déjà éprouvée par les conflits.
Il est donc un devoir pour que la Commission Paix et Sécurité de l’Union Africaine (UA) intervienne de toute urgence pour tempérer ces tensions grandissantes et offrir une médiation constructive. Dans un tel contexte de montée des hostilités, le rôle de l’UA est déterminant pour éviter que ce conflit ne prenne une tournure irréversible, et pour remettre l’accent sur la coopération régionale indispensable à la lutte contre le terrorisme et à la restauration de la stabilité dans le Sahel.
Cet incident illustre les fractures de l’unité sahélo-maghrébine, où l’unité face au terrorisme semble se dissoudre dans un contexte de rivalité géopolitique grandissante. La déstabilisation du Sahel ne se joue plus seulement sur le terrain des combats, mais sur celui des rapports diplomatiques et des stratégies d’influence, qui risquent de retarder encore davantage la nécessaire coopération régionale.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

