(Echos du Niger 7 avril) La question de la souveraineté monétaire est au cœur du discours politique de plusieurs pays africains, notamment ceux membres de l’Alliance des États Sahéliens (AES), qui affichent clairement leur désir de se libérer de l’influence de l’Occident, et plus spécifiquement de la France. L’une des déclarations les plus marquantes à ce sujet vient du ministre des Affaires étrangères du Niger, au cours de son entretien avec une télévision russe en marge du sommet AES/Russie. Il a indiqué que « le premier instrument de la souveraineté, c’est la monnaie. Vous ne pouvez pas être souverain, si c’est quelqu’un qui émet votre monnaie ». Un principe qui semble pourtant se heurter à la réalité qui entoure la gestion économique mondiale.
La souveraineté monétaire désigne le pouvoir d’un État à émettre sa propre monnaie et à gérer sa politique monétaire sans ingérence extérieure. Cependant, pour ces États de l’AES, cette souveraineté reste avant tout un idéal, un objectif affiché dans des discours populaires, mais difficilement réalisable sur le plan pratique. La zone CFA, gérée par la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), constitue un modèle monétaire stable, mais aussi un héritage direct du passé colonial, notamment français, ce que de nombreux responsables politiques dénoncent avec vigueur.
Malgré les ambitions affichées, les États de l’AES peinent à rompre les chaînes de ce système monétaire. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, après avoir claqué la porte avec effet immédiat aux institutions comme la CEDEAO et l’OIF, ils n’ont pas encore franchi le pas pour se détacher de l’UEMOA, l’institution qui régule la politique monétaire dans la région. Leur incapacité à créer une monnaie indépendante soulève une question pertinente : ces pays ont-ils les moyens et les ressources nécessaires pour entamer une telle transition, ou préfèrent-ils rester dans un système familier, malgré leurs critiques ?
Le cas du Mali, qui avait par le passé tenté de quitter la zone CFA pour créer sa propre monnaie, illustre les difficultés de cette démarche. Après une expérience qui s’est avérée infructueuse, le pays est revenu précipitamment dans le giron du franc CFA. Ce retour en arrière soulève une question essentielle : ces pays ont-ils réellement la capacité économique et les structures nécessaires pour soutenir une monnaie indépendante, ou leur quête de souveraineté monétaire n’est-elle qu’une illusion politique ?
La vérité est que la création d’une monnaie nationale implique bien plus que de simples déclarations populistes. Cela nécessite une gestion rigoureuse des réserves de change, une politique économique stable, et une confiance internationale qui reste difficile à établir sans une coopération régionale forte. Ces réalités économiques contraignent souvent les États à privilégier des solutions pragmatiques, comme la zone CFA, qui offre une certaine stabilité monétaire, mais à un prix élevé en termes de souveraineté véritable.
Ainsi, la question de savoir si ces États peuvent réellement se libérer du franc CFA et instaurer une monnaie indépendante demeure ouverte. Les discours sur la souveraineté monétaire risquent de se heurter à des obstacles économiques insurmontables, et la tentation de maintenir les liens avec des institutions monétaires éprouvées pourrait se révéler plus forte que la volonté de rupture affichée. Dans ce contexte, la souveraineté monétaire semble encore bien lointaine pour ces pays, pris entre des promesses populistes et des réalités économiques implacables.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

