NIGELEC : L’ombre de la corruption plane-t-elle sur la gestion des marchés publics dans le secteur énergétique ?

Énergie Gouvernance Niger

(Échos du Niger 22 mars)Une correspondance adressée le 23 février dernier par la ministre de l’Énergie à la Directrice Générale de la Société Nigérienne d’Électricité (NIGELEC) suscite des interrogations profondes sur les pratiques de gestion des marchés publics au Niger. En effet, ce rappel des procédures administratives, bien que formulé de manière sobre et réglementaire, semble véhiculer un message sous-jacent plus préoccupant. Il soulève des questions sur le respect des normes en vigueur dans les contrats publics et sur les possibles dérives qui en résultent.

Tout d’abord, il convient de s’interroger sur la nature exacte de la « grave irrégularité » évoquée par la ministre, qui touche à la passation du contrat N°022/DALISGINIGELECI2025. La dénonciation de ce contrat, signé entre la NIGELEC et la société PEGASE AIR SAFETY AND SECURITY GROUP (PSSG), fait état de violations apparentes des procédures administratives et de la réglementation encadrant les marchés publics. Ce contrat, qui prévoit une participation de l’État à hauteur de 66 % dans le financement des centrales diesel de Malbaza et Agadez, soulève la question de savoir si des pratiques douteuses ont été mises en place pour contourner les règles de transparence.

Cette mention de l’État comme co-financeur renforce la suspicion d’une gestion floue des fonds publics, ce qui pourrait être perçu comme un terrain fertile pour des pratiques corruptives.La ministre, dans sa correspondance, s’est penché sur l’importance du respect des textes en vigueur, notamment en matière de transparence et de rigueur administrative. Elle rappelle qu’une correspondance officielle ne peut pas être informelle, au point où sa transmission se passe par WhatsApp, cela constitue une violation des normes.

Il est difficile de ne pas voir dans cette exigence une volonté de contrôler plus fermement les canaux de communication et les processus de validation des projets publics. impliquant des montants substantiels. Mais la question qui se pose, est de savoir, qu’est-ce qui motive réellement cette correspondance? L’on peut légitimement se demander si la ministre a eu vent de soupçons plus graves concernant la régularité de cette affaire.

A-t-elle été alertée par des acteurs internes ou externes sur un risque de corruption dans le cadre de ce contrat ? Ou bien est-ce une simple application stricte de la législation, dans un contexte où le gouvernement, sous la houlette du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), a pris des mesures pour imposer la rigueur administrative et la transparence dans la gestion publique ?

La DG de la Nigelec et ses collaborateurs n’ont-ils jamais scellé un contrat de cet type au point où ils oublient les procédures en vigueur ? Cette hypothèse d’une vigilance accrue vis-à-vis des pratiques administratives, s’inscrit-elle dans l’esprit de l’ordonnance 2024-05 du 23 février 2024 portant dérogation à la législation relative aux marchés publics, aux impôts taxes et redevances à la comptabilité publique ? Assurément non car d’aucuns qualifient cette ordonnance de « boulevard de la grande corruption ».

L’avenir proche nous apportera des éléments de réponse sur les motivations réelles de la ministre. Faut-il y voir un simple respect des règles ou une réaction à des pratiques suspectes et potentiellement corruptives ? Les suites de cette affaire pourraient bien constituer un tournant dans la gestion des marchés publics au Niger, en renforçant la vigilance sur les processus administratifs dans un secteur clé pour l’avenir énergétique du pays.

M. Tahirou (leséchosniger.com)

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