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Niger-Algérie: à Alger, le chef de la diplomatie échange avec le Président Tebboune sur les moyens de renforcer la coopération bilatérale

Bakari Yaou Sangaré en audience avec A.Tebboune

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(Echos du Niger 25 février) Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, Bakary Yaou Sangaré, est en visite à Alger où il a été reçu en audience ce mardi 25 février 2025 par le Président Algérien Abdoulmajid Tebboune. L’occasion pour le chef de la diplomatie nigérienne d’échanger avec le Chef d’état ainsi que son homologue algérien, Ahmed Attaf, des voies et moyens permettant d’accélérer la reprise sous de nouveaux auspices de la coopération bilatérale  entre les deux pays avec la mise en œuvre de grands projets promis par le grand voisin du nord notamment dans le domaine énergétique. Depuis quelques temps, Niamey et Alger multiplent les initiatives pour concrétiser leur engagement à promouvoir des relations basées sur la solidarité, le bon voisinage et la coopération.

Après une courte période de brouille diplomatique, la nouvelle lune de miel entre Niamey et Alger se poursuit de plus belle avec la visite qu’effectue de nouveau à Alger, Yaou Bakary Sangaré, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. Le  chef de la diplomatie nigérienne qui était le weekend dernier à Bamako pour une réunion ministérielle de haut niveau de la Confédération des États du Sahel (AES) a été reçu en audience ce mardi au Palais d’El-Mouradia par le Président Algérien Abdelmajid Tebboune. L’audience s’est déroulée en présence du directeur de Cabinet à la Présidence de la République, M. Boualem Boualem, ainsi que du ministre algérien des Affaires étrangères M. Ahmed Attaf.

Peu avant cette audience au sommet, le ministre Bakary Yaou Sangaré s’était entretenu avec son homologue algérien avec qui il a passé  en revue « les différents volets des relations de fraternité, de solidarité et de bon voisinage entre l’Algérie et le Niger et d’examiner les perspectives de les promouvoir à des niveaux supérieurs, dans le cadre des projets de coopération et de complémentarité dont les deux parties œuvrent à concrétiser dans divers domaines ». Selon un communiqué publié à l’issue de ces deux entretiens, les deux ministres ont signé un accord relatif aux « facilités administratives et douanières en vue de mettre en œuvre les projets alloués à l’Etat du Niger par l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement » (AACISD).

« Ces audiences témoignent de la volonté des plus hautes autorités nigériennes de renforcer la coopération régionale et internationale dans des domaines stratégiques, tout en réaffirmant la souveraineté nationale comme principe cardinal de l’action publique. Elles illustrent également l’engagement du Président du conseil national pour la sauvegarde de la patrie, chef de l’état SEM Abdourahamane Tiani à promouvoir un développement inclusif et durable, en phase avec les aspirations profondes des populations nigériennes », a déclaré à l’issue de ces entretiens, le chef de la diplomatie nigérienne.

Raffermissement de la coopération bilatérale après une période de brouille

Les relations entre le Niger et son grand voisin du nord avec qui il partage une frontière longue de quelques 800 kms a connu un coup de froid au lendemain du coup d’Etat du 26 juillet 2023 et l’avènement des militaires du CNSP au pouvoir. Alger avait tenté une médiation dans la crise politique nigérienne qui n’a pas été au goût des nouvelles autorités militaires de transition bien que le Président Tebboune s’est montré catégoriquement à toute intervention militaire notamment envisagée un temps par le Cedeao pour rétablir l’ordre constitutionnel.  

En 2024, le contact a été repris avec la visite officielle effectuée, mi-août, par le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine. Une visite de clarification au cours de laquelle les zones d’ombre qui plombaient les relations bilatérales ont été éclaircies entre le Président de la Transition nigérienne, le Général Abdourahmane Tiani et son homologue algérien. « Nous sommes porteurs d’un message du chef de l’Etat nigérien, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la Patrie, le Général Abdourahmane Tiani, et il était question que nous passions en revue le contenu de notre coopération avec le Président M. Abdelmadjid Tebboune. Il s’est agi pour nous de passer en revue une coopération bâtie sur trois valeurs essentielles, à savoir le voisinage, car nous partageons une longue frontière, la fraternité, du fait qu’il y a des populations de part et d’autres et qui sont les mêmes, mais aussi l’amitié », avait alors affirmé le PM nigérien qui a tenu à préciser qu’il a été également question que « nous réchauffions ces relations qui ont pris un coup au lendemain du 26 juillet 2023 ». Par la suite, c’est le Président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) qui, dans un message adressé  de félicitations au président de la République, algérienne suite à sa réélection pour un second mandat, a salué « les relations bilatérales fortes entre l’Algérie et le Niger, qui permettent d’œuvrer à la réalisation de mégaprojets auxquels les deux pays attachent une grande importance ».

Des projets stratégiques dans le domaine de l’énergie

Depuis, les efforts pour réchauffer les relations entre les deux pays se sont intensifiés avec des visites des délégations de haut niveau à Niamey et Alger. Les deux pays sont, en effet, engagés dans plusieurs projets stratégiques notamment dans le domaine de l’Energie et plus particulièrement dans le domaine de l’exploitation des hydrocarbures. Le Niger qui dispose d’immenses potentialités compte profiter de l’expertise algérienne pour les mettre en valeur. Le géant SONATRACH dispose d’ailleurs, et depuis des années, d’un permis pétrolier sur le bloc de Kaffra, à la frontière entre les deux pays. Aussi, l’Algérie a décidé de financer plusieurs projets en faveur du Niger notamment dans le domaine de l’industrie pétrolière comme c’est le cas avec l’accord récemment signé dans le cadre de la réalisation du nouveau complexe pétrochimique de Dosso ainsi que celui de la réalisation du Gazoduc transsaharien (TSGP), avec le Nigeria. Il y a quelques jours, le ministre nigérien du Pétrole, Sahabi Oumarou, ainsi que celui de l’Hydraulique et de l’Environnement, le colonel Maizama Abdoulaye, était à Alger pour signer avec leurs homologues algériens plusieurs accords dans le domaine de l’énergie. De même, des entreprises nationales nigériennes comme la NIGELEC et la SONIDEP, ont signés plusieurs partenariats pour accompagner le pays à accéder à sa souveraineté énergétique. Des projets stratégiques que les autorités des deux pays entendent accélérer pour raffermir davantage leur coopération. C’est d’ailleurs dans ce sens des ingénieurs algériens sont à Niamey depuis ce mardi 25 février pour étudier la faisabilité d’une centrale énergétique de 40 mégawatt que l’Etat algérien veut offrir à son voisin nigérien.

Il reste que cette embellie des relations entre Niamey et Alger risque de contrarier la dynamique d’intégration en cours au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). Les relations entre Bamako et Alger ne sont plus au beau fixe ces derniers temps malgré des tentatives de reprise comme en atteste la désignation récente d’un Ambassadeur en Algérie par les autorités maliennes. Tout comme le Niger, le Mali est frontalier avec l’Algérie et dans la crise qui secoue régulièrement les deux pays, le Niger peut servir de médiateur d’autant que les pays de l’AES ont décidé de faire front commun sur le plan diplomatique dans le cadre de leur alliance. Avant tout et malgré les tensions persistantes, Alger n’entend point perdre le pied au Sahel alors que le “frère-ennemi” marocain avance ses pions à Niamey, Bamako et Ouagadougou.

Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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