(Echos du Niger 16 Février) A l’ouverture des travaux des Assises nationales de la Transition, samedi 15 février au Centre des conférences Mahatma Ghandi, le Gouverneur de la Région de Niamey, le général de brigade Abdou Assoumane Harouna, a prononcé un mot de bienvenue qui a été un véritable pamphlet contre la classe politique qui a dirigé le pays depuis la conférence nationale. Dénonçant une “démocratie mal comprise” et « une navigation à vue », le général a chargé “certains hommes politiques” qui tout en promettant la bonne gouvernance, la justice sociale et le changement de mentalités, se sont comportés par l’instauration des contre-valeurs sociales notamment “le mensonge”, “le pillage des ressources”, “la corruption” ou le “népotisme” oubliant de ce fait leur devoir et leur responsabilité. Et de plaider qu’au sortir de ces Assises de la refondation, soit posé les jalons d’un nouveau Niger, “véritablement démocratique” et à l’abri des comportements de ces hommes politiques afin de parer à la malédiction de “l’éternel recommencement”.
On savait, au fil de ses interventions durant les meetings et autres manifestations populaires de soutien au CNSP que le Général Abdou Assoumane Harouna n’a pas sa langue dans la poche et n’hésitent pas à dire tout haut ce que certains disent tout bas! Ce qu’on s’attendait le moins, c’est que celui qui préside aux destinées de la Région de Niamey peut se révéler assez incisif comme en témoigne sa dernière prestation, samedi au Centre des conférences Mahatma Ghandi où le Gouverneur s’est livré à un véritable pamphlet contre la classe politique, avec une verve et une rhétorique que lui envierai à souhait, tout gaucho-syndicaliste imbibée du virus de populisme anti-impérialiste si cher aux tribuns de la mythique “Place AB” de l’Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM).
Dans une salle archicomble où sont représentées les principales forces vives de la Nation et donc des personnalités politiques qui ont eu à présider ou à gérer les affaires de l’État depuis la Conférence nationale et l’instauration de la démocratie multipartite au Niger, beaucoup d’hommes politiques présents à la Cérémonie d’ouverture des Assises nationales de la Transition s’étaient certainement sentis indexés par l’allocution de bienvenue du Gouverneur de la Région de Niamey, région hôte des travaux de la grande concertation nationale de la Refondation de la République. Les partis politiques n’étaient certes pas conviés à la rencontre annoncée pourtant comme inclusive mais c’est aux politiciens que s’est particulièrement adressé le Général Abdou Assoumane Harouna dans son intervention qui a fait sensation comme en témoignent les acclamations qui ont fusé de l’auditoire et qui a poussé les anciens dirigeants à se faire tout petit sur leur siège! Comme mot de bienvenue, c’est un virulent réquisitoire que le Général-gouverneur a livré contre les politiciens et leurs agissements durant plus de trois décennies de « démocratie mal comprise » et de “navigation à vue”.

Un constat amer après 35 ans de démocratie mal comprise et de navigation à vue…
« En 35 ans de démocratie mal comprise, nous avons vu ce que la grande majorité de nos politiciens a fait de notre pays; un pays exsangue à tout point de vue malgré les ressources naturelles dont il dispose et la ressource essentielle pour sa construction qu’est la jeunesse », a affirmé d’emblée le Gouverneur avant d’ajouter que sur la meme période, avant d’ajouter « nous avons été témoins de la gestion des hommes politiques ayant fait de notre administration, l’une des plus corrompues et des plus inefficaces malgré les compétences dont regorge pourtant cette administration mise sous coupe réglée du fait de la haute politisation où la médiocrité a parfois été érigée en valeur ».
Selon le Gouverneur de la région de Niamey, en 35 ans de démocratie mal comprise, « notre tissu social a été des plus effilochés, mis dans un état de décrépitude inqualifiable plongeant notre pays, dans l’abime et le chaos; l’embardée politique et l’embrouilla mini politique ». Et de faire remarquer par la même occasion que « promettant pour la plupart aux Nigériens, la bonne gouvernance, le changement des mentalités, la culture des bonnes manières, une bonne justice, le mieux-être et le vivre ensemble, ces politiciens ont brillé par l’instauration des contre valeurs sociales se traduisant par le mensonge éhonté, le pillage systématique de nos ressources, la corruption devenue un mode de gouvernance, le clientélisme, le nomadisme politique, le clanisme, le népotisme, l’escroquerie, l’arrogance, la recherche effrénée du clinquant, la mise sous bail de nos richesses, la sous-traitance de notre sécurité ».
Pour le Général Abdou Harouna, après ces 35 ans de “démocratie mal comprise” et de “navigation à vue”, le constat est des plus amers: « certains hommes politiques pourtant garants de la chose publique aux postes qui étaient les leurs, avaient oublié leur responsabilité et leur devoir ». C’est pourquoi, il a estimé que l’exercice du pouvoir doit être encadré par une règle!
Appel à un sursaut patriotique pour éviter le spectre de l’éternel recommencement…

En s’adressant aux membres de la Commission nationale en charge de la conduite des travaux ainsi qu’aux délégués représentants les différentes couches socioprofessionnelles du pays, le Gouverneur de la région de Niamey leur a rappelé qu’ils ont été choisis parmi 26 millions de nigériens pour poser les jalons d’un Niger refondé, véritablement démocratique, installé dans une paix durable, havre d’espoir, d’un développement harmonieux, un Niger où il fera bon vivre et où, “nos légitimes attentes seront satisfaites”.
“Au sortir de ces assises laborieuses de la refondation, celles d’une rare chance que nous avons encore de nous ressaisir, nous devons être à l’abri des comportements des mêmes hommes politiques, aux mêmes habitudes ayant s’il le faut, les mêmes amis sinon les mêmes adversaires qui n’hésiteront pas à appliquer les mêmes méthodes -alliances contre nature, achats de conscience, concassage, chantage-; d’un même système de vis sans fin, celui de la politique de la chaise musicale, c’est-à-dire celui d’un éternel recommencement servant de ferment aux Forces de Défense et de Sécurité, forces légales nationales qui, par devoir et par patriotisme, se doivent d’intervenir afin d’arrêter les dérives de ceux qui avaient la charge de conduire notre destinée du moment”, a martelé le Général pour qui, “dans ces temps de rupture, de refondation, nous devrions avoir une vision stratégique commune, et nous affirmer sans ambiguïté à travers notre sursaut patriotique afin de garantir que nos actions futures répondent à l’orientation stratégique qui nous rassemble”.
En guise de conclusion, le Gouverneur de Niamey a émis le souhait que les recommandations qui sortiront de ces assises puissent permettre “d’agir et de transformer nos façons de faire et de voir pour donner l’impulsion collective nationale et confédérale menant au développement, à la paix sociale , à la sécurité collective, aux stricts respects de nos valeurs et de nos légitimités”. Et le Général Abdou Assoumane Harouna d’asséner un brin philosophique, que s’il est indéniablement admis que “la nature efface sans cesse, les traces du passé pour permettre à la vie de s’épanouir librement”, il est toutefois enseigné de “ne jamais mener le peuple par le bout du nez et le mensonge, car cela ne s’oublie jamais”.

Comme il fallait s’y attendre, les indirects décrochés par le Général ont été longuement ovationnées et susciter diverses interprétations sur la toile. Si certains ont estimé que le Gouverneur est sorti de son cadre et avait fait fi des obligations de réserves que lui confère son grade d’officier général de l’armée mais aussi ses responsabilités de Gouverneur. A juste titre, ont estimé certains commentaires sur les réseaux sociaux, en tant que responsable de la région hôte des Assises, il aurait dû se contenter de saluer la chaleureuse bienvenue aux participants et souhaiter pleins succès aux travaux. D’autres par contre ont salué cette manière de “déshabiller publiquement les politiciens”, ce qui s’expliquent par les critiques acerbes que la classe politique, mise au pilori, concentre actuellement au regard de sa gestion des affaires publiques durant ces dernières décennies de démocratie. Dans un cas comme dans l’autre, le Gouverneur de la Région de Niamey a mis les pieds dans le plat car même s’il n’a pas cité de noms, il a dit haut ce que beaucoup reprochent à la classe politique post-conférence nationale bien que dans le lot, on ne peut tous les loger à la même enseigne.
A.Y.Barma (lesechosduniger.com)

