(Echos du Niger15 février) Les travaux des Assises nationales de la Transition se sont ouverts ce samedi 15 février 2025 au Centre internationale des conférences Mahatma Ghandi de Niamey. Plus de 700 délégués prennent part à ces Assises annoncées comme celle de la Refondation de la République et qui représentent l’ensemble des “forces vives” de la Nation. A une exception près, l’absence des partis politiques et de l’ancien chef de l’Etat, Bazoum Mohamed, ce qui pour certains pourrait entacher le caractère “inclusif” de cette concertation nationale.
A l’ouverture solennelle des Assises nationales dont la cérémonie, en grande pompe, a été présidée par le Président du CNSP, Chef de l’État, le général de brigade Abdourahamane Tiani, une présence a été particulièrement remarquée: celle des anciens Présidents de la république et Chef de l’Etat qui bien qu’annoncée dans liste des participants aux travaux, laissait planer un doute quand à leur déplacement effectif au Centre international des conférences Mahatma Ghandi de Niamey. Ils étaient pourtant bien là et en première loge! Les anciens Président Mahamane Ousmane (93-96) et Mahamadou Issoufou (2011-2021) ainsi que l’ancien chef de l’Etat Salou Djibo, qui a dirigé la transition militaire de 2010 à 2011. Sur la liste des anciens chefs d’Etat encore en vie, un seul manquait à l’appel. Il s’agit de l’ancien président Bazoum Mohamed (2021-2023), celui-là même contre qui le coup d’Etat du 26 juillet 2023 a été perpétré et qui est depuis et toujours maintenu au sein de la résidence présidentielle en compagnie de son épouse, dans l’atteinte de son procès.
Des Assises inclusives sans les partis politiques…

L’absence du président déchu à ces Assises nationales n’est vraiment pas une surprise si l’on tient compte du fait des conditions dans lesquelles il reste encore détenu ainsi que les mesures qui ont frappés plusieurs de ses proches en exil poursuivis pour complot contre la sureté de l’Etat et tentative de déstabilisation alors que certains se sont même vu déchus de leur nationalité et donc considérés désormais comme des non-nigériens.
L’autre grande absence qui mérite d’être souligné, c’est celle des partis politiques. Suspendus depuis les évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement du CNSP au pouvoir, les 172 formations politiques que comptent le pays ont été depuis mis de coté de la gestion des affaires de l’Etat. Il n’en demeure pas moins que certaines figures politiques bien connues des nigériens assistent à ces assises mais avec d’autres casquettes ou tapis dans d’autres organisations socioprofessionnelles. Il s’agit d’une première dans l’histoire politique du Niger et des transitions militaires, depuis l’instauration du multipartisme et le virage démocratique des années 90.
Dans ses différents messages, le Chef de l’Etat a pourtant toujours mis en avant le caractère inclusif de ces Assises pour un véritable dialogue nationale afin de poser les jalons d’une transition destinée à refonder la République. La veille de la rencontre de Niamey, le Général Tiani s’est entretenu à son Cabinet avec les membres de nommés de la Commission chargée de la conduite des travaux des assises nationales pour la refondation qui se tiendront du 15 au 19 février 2025 à Niamey. A leur sortie d’audience , le président de ladite commission, Dr Mamoudou Harouna Djingarey a indiqué à la presse, être venus auprès du chef de l’Etat afin de “recueillir ses orientations en vue de la bonne organisation des travaux. Il a rappelé à cet effet que “depuis le 26 juillet 2023, avec les événements qui sont passés, le Niger, ainsi que son peuple tout entier, a décidé de prendre ses responsabilités, de marquer sa souveraineté vis-à-vis de l’extérieur, de ceux qui nous manipulaient, prenaient nos richesses et nous laissez dans la pauvreté”, avant de se féliciter de la mobilisation de la population qui a accompagner l’avènement du CNSP, au cours de laquelle “pas un seul coup n’a été tiré et le peuple nigérien s’est souverainement mobilisé pour faire partir toutes les forces étrangères” du pays. « C’est donc la raison pour laquelle ces assises nationales sont inclusives et attendues car elles ont été demandées par le peuple et le Général a promis que nous allons les organiser avec la participation des Nigériens de tous les bords, de tous les coins et recoins de notre pays » a déclaré l’honorable Chef de Canton de Sinder qui a tenu à assurer qu’à cette occasion, « personne ne sera écarté car l’avis de tout un chacun compte pour que nous puissions au sortir de ces assises, avoir des recommandations, des orientations et un tableau de bord clair pour l’avenir de notre pays pour qu’il n’y ait plus de problème de mauvaise gouvernance, ni d’insécurité dans notre pays».
Si l’absence de l’ancien Chef de l’Etat peut s’expliquer par certains facteurs, celle des partis politiques ne peut l’être que moins pour un dialogue national qui se veut inclusif et surtout quant on sait qu’aussi longtemps que durera cette transition, il va falloir repartir vers des élections et donc renouer avec les partis politiques dont c’est la vocation par excellence. En dépit de l’opinion ambiante qui rejette la “démocratie à l’occidentale” telle qu’expérimentée jusque-là au Niger depuis presque quatre décennies avec de résultats peu reluisants il faut l’avouer, l’option pour la gouvernance démocratique basée le principe du libre choix du gouvernement par le peuple et pour le peuple ne souffre d’aucune contestation. Le Président du CNSP l’a lui même affirmé au lendemain de sa prise du pouvoir, dans le message à la nation du 19 aoùt 2023. « Je réaffirme ici que notre ambition n’est pas de confisquer le pouvoir”, a déclaré le Général Tiani pour qui « le soutien massif des populations au Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie au Niger, traduit non pas le désir d’une gouvernance autocratique mais un désir de démocratie véritable, porteuse de bien-être pour tous. Nous en sommes parfaitement conscients ».

Il a certes et toutefois souligné la nécessité d’un environnement transparent car, a-t-il justifié, la prise de pouvoir par les forces de défense et de sécurité (FDS), s’est avérée être une réponse aux régimes antérieurs qui n’ont pas su répondre aux besoins fondamentaux du peuple et qui ont miné la démocratie par des pratiques contraires à ses principes. « Pour que le peuple puisse choisir ses dirigeants, il faut un système transparent dans lequel les opposants ne sont pas emprisonnés ou exilés, dans lequel une véritable alternance est possible et dans lequel la société civile peut librement s’exprimer et manifester sans être inquiétée », avait déclaré le Chef de l’Etat.
Il va sans dire que l’absence des partis politiques, quoique l’on puisse leur reprocher, va entacher, plus que celle de Bazoum et de ses proches, l’inclusivité voulue pour ces Assises de la Refondation. Certains diront certainement « qu’on ne reconstruit pas un édifice avec ceux qui l’ont détruit », mais on pourrait aussi leur opposer les paroles d’un ancien putschiste, le général ivoirien Robert Guei “Le Balayeur” qui a à sa prise de pouvoir en 1999 a déclaré qu’ils sont venus pour “balayer la maison” et qu’une fois la mission finie, ce sont les partis politiques qui vont s’y installer d’où la nécessité de les intégrer dans le travail de balayage! C’est à méditer …
Youssouf Sériba(www.lesechosduniger.com)

