(Echos du Niger 2 janvier)Le Président ivoirien a annoncé, mardi dans un message à la Nation à l’occasion des vœux du nouvel an, le retrait des forces françaises installées dans le pays. Un retrait “concerté et organisé” qui va démarrer dès janvier 2025 a cru bon de préciser Alassane Ouattara, un des plus fidèles alliés de Paris dans la sous-région où l’ancienne puissance coloniale est en perte de vitesse même dans son dernier pré-carré francophone. De quoi soulever des interrogations sur ce retrait, en pleine année électorale, et qui fait suite à une série de départs imposés par plusieurs pays dont ceux du Sahel. Il est vrai que cette montée du sentiment anti-français sur le continent a poussé Emmanuel Macron a annoncé, l’année dernière, un réajustement du dispositif militaire français en Afrique, avec moins de troupes déployées sur le terrain, mais le retrait des soldats de certains pays a de quoi susciter des doutes et interrogations légitimes…
Pour un cadeau de nouvel an, les anti-impérialistes qui ont le vent en poupe en Afrique et particulièrement dans les pays francophones où le sentiment anti-français s’est amplifié ces dernières années, n’auraient pas rêver mieux! Sauf que l’annonce du Président ivoirien, mardi dernier dans son message de Nouvel an, du retrait des forces françaises installées dans le pays, a soulevé plus de questions et bien d’inquiétudes, aussitôt l’effet de surprise passé. « Nous avons décidé du retrait concerté et organisé des forces françaises en Côte d’Ivoire », a notamment déclaré M. Ouattara, révélant à ce sujet que le 43e Bataillon d’infanterie de marine d’Abidjan (BIMA) stationné à Port-Bouët, près de la capitale économique, serait « rétrocédé aux forces armées de Côte d’Ivoire dès le mois de janvier 2025 ». Et d’ajouter que le 43e BIMA qui est installé en Côte d’Ivoire depuis 1978 en vertu d’accords de défense signés avec la France, serait baptisé « Camp Ouattara Thomas d’Aquin », du nom du premier chef d’état-major de l’armée ivoirienne. A en croire le Chef d’Etat ivoirien, cette décision qui fait certes suite au processus de réajustement des forces françaises en Afrique annoncé en 2024 par Paris, témoigne plus de la montée en puissance des forces armées ivoiriennes (FACI) dont « la modernisation est désormais effective », a-t-il dit, mettant en avant les capacités croissantes de l’armée nationale. Cette modernisation, a aussi poursuivi Ouattara, illustre la détermination des États africains à assurer leur propre sécurité, notamment face aux menaces sécuritaires, et notamment des groupes armés terroristes (GAT) qui persistent dans la région sahélienne et aux frontières nord des pays du golfe de Guinée.
Des doutes et des interrogations sur fonds de suspicion…

Ainsi donc après les pays de la Confédération des États du Sahel (AES) à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger où les soldats français ont été poussés à la porte, puis tout récemment le Sénégal et le Tchad où ce retrait est également annoncé pour la nouvelle année, la Côte d’Ivoire, traditionnellement considérée comme un allié des plus fidèles de la France en Afrique, veut ainsi ouvrir une nouvelle phase de son histoire militaire. C’est justement pour cette raison de la proximité entre Yamoussokro et Abidjan, que les “souverainistes” et autre “anti-impérialistes”, doutent des réelles motivations mais aussi et surtout de ses réelles implications. “Nous surveilleront leur point de chute. Nous n’avons toujours pas entendu où les forces françaises stationnées au Tchad ont atterri”, a commenté l’activiste Bana Ibrahim, membre du Front Patriotique pour la Souveraineté (FPS), un des soutiens actifs de la transition militaire au Niger et dans les pays de l’AES. Il faut dire qu’au sein de la nouvelle Alliance Sahélienne, on se montre assez prudent et surtout vigilant face à cette vague de retrait des soldats français de certains pays du continent connu pour leur proximité avec l’ancienne puissance coloniale. D’autant qu’il y a quelques jours, le Président du CNSP, le régime militaire au pouvoir à Niamey, a accusé la France de planifier des actions de déstabilisation du Niger et des pays de l’AES, de connivence avec certains pays de la sous-région dont la Côte d’Ivoire comme l’a clairement affirmé le général de brigade Abdrahamane Tiani, chef de l’Etat.
Il n y a pourtant pas qu’au Niger et dans les pays africains de la sous-région que cette annonce du Président ADO suscite des doutes et suspicions légitimes bien que d’autres interprétations tendent plus à une certaine émotion frivole qui se nourrit du contexte géopolitique régionale actuel. D’autres se sont plus contentés d’apprécier comme tel la décision du chef d’Etat ivoirien. “Même en Côte d’Ivoire, l’heure de la souveraineté et du retrait des troupes françaises a sonné”, a réagit à chaud, le sénégalais Alioune Tine, militant panafricain des Droits de l’Homme expert de l’ONU et fondateur du Think tank Afrikajom, basé à Dakar.
Ce qui est par contre une évidence mise en avance par certains, c’est que cette décision qui intervient en pleine année électorale dans le pays d’Houphouët Boigny avec, sauf nouvelle surprise du chef, une nouvelle candidature du président Ouattara pour un quatrième mandat.
Un départ des soldats français en pleine année électorale

Dans son adresse de Nouvel an, le tombeur de Laurent Gbagbo a d’ailleurs évoqué ce rendez-vous crucial après s’est félicité de l’embellie économique que connait le pays, première puissance économique de l’UEMOA. Évoquant l’élection présidentielle d’octobre 2025, qui suscite déjà un e véritable passion dans le pays, le président Ouattara a promis qu’elle sera “apaisée”, “transparente” et “démocratique”, une manière certainement de conjurer le sort après les crises électorales que le pays a connu depuis le début des années 2000 et qui a atteint son paroxysme lors de celle de 2010-2011 qui a vu son accession au pouvoir. “L’année 2025 sera marquée par la tenue de l’élection présidentielle. Ce scrutin sera, encore une fois, l’occasion de confirmer la maturité politique de nos compatriotes, la force de nos Institutions et l’enracinement de notre démocratie. Je voudrais donner l’assurance à tous, ainsi qu’à l’ensemble de nos partenaires que l’élection sera apaisée, transparente et démocratique », a déclaré Alassane Ouattara, qui a émis le souhait qu’avec ces joutes électorales qui se profilent, le peuple ivoirien “consolide les acquis enregistrés depuis 2011 pour continuer (la) marche du pays vers le développement, dans la paix, l’union et la discipline”.
Avec plus d’un millier de soldats basés en Cote d’Ivoire va donc entamer son retrait du pays à en croire le Président ADO. Il faut dire que la France et particulièrement ses soldats vont laisser un héritage pas assez reluisant dans le pays après plusieurs décennies de présence où à plusieurs reprises, ils ont joué un rôle assez actif dans l’histoire politique du pays. On se rappelle de la crise de 2005 et plus celle de 2011 où elles ont appuyées, avec l’opération “Licorne”, les rebelles des Forces républicaines de Cote d’Ivoire (FRCI), soutenant Ouattara, à déloger l’ancien Président Gbagbo pour y installé l’actuel chef de l’Etat qui annonce aujourd’hui leur départ du pays. Un retrait certes “concerté et organisé” comme il est utile et important de le rappeler, selon les mots mêmes du Chef de l’Etat ivoirien…
Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

