Les chefs de la diplomatie Niger-Benin Echos

Bénin/Niger: un regain de tension diplomatique qui éloigne encore plus la réouverture des frontières

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(Echos du Niger 31 déc)Après la sortie médiatique de la semaine dernière dans laquelle le Président du CNSP, le Général de Brigade Abdourahamane Tiani, a accusé plusieurs pays de la sous-région dont le Bénin d’être de connivence avec la France pour planifier la déstabilisation du Niger et des pays de la Confédération AES, les autorités béninoises ont à leur tour réagit, comme avant la République Fédérale du Nigeria, la Cédéao et la Côte d’Ivoire. Le lundi 30 décembre 2024, la Chargée d’Affaires de l’Ambassade du Niger à Cotonou a été convoquée au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, pour se faire remettre une lettre de protestation et surtout de demande de “clarifications” des révélations faites par le Chef d’Etat nigérien que le régime de Patrice Talon, estime “fausses et dénuées de tout fondement objectif”. L’occasion pour le chef de la diplomatie béninoise, Shegun Adjadji Bakari, d’inviter les autorités nigériennes à éviter toute “escalade verbale” et de prôner “la promotion d’un dialogue sincère”. Une nouvelle montée d’adrénaline entre Porto-Novo et Niamey qui risque de remettre en cause la normalisation entamée depuis quelques mois, des relations entre les deux pays voisins, en brouille depuis les évènements du 26 juillet 2023 et surtout, est de mauvais augure pour la réouverture des frontières que les autorités militaires nigériennes maintiennent fermées depuis 18 long mois maintenant,  en dépit des multiples appels du pied du Bénin et de la demande pressante des opérateurs économiques mais aussi d’une importante frange de nigériens qui en trop souffert de cette brouille à multiple rebondissements.

La réaction des autorités béninoises, qui vient après celle du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, s’est voulue un peu plus musclée même si dans son communiqué, le Ministre béninois des Affaires étrangères laisse transparaitre un effort de faire du “diplomatiquement correct”. Suite aux déclarations du Président de la transition nigérienne diffusée mercredi dernier sur les chaines publiques et dans lesquelles il citait le Bénin comme les pays de connivence avec la France pour planifier un complot de déstabilisation du Niger, la diplomatie a répondu, “avec fermeté” que ces accusations sont totalement “fausses et dénuées de tout fondement objectif”. Et, précise le communiqué publié ce lundi à l’issue de la rencontre, c’est dans “dans un esprit de responsabilité” que le chef de la diplomatie béninoise a adressé un courrier officiel à son homologue nigérien pour exprimer sa protestation. A cet effet, la Chargée d’affaires de l’ambassade du Niger a été convoquée au ministère des Affaires Étrangères à Cotonou, afin de lui faire part de la position officielle du gouvernement béninois. Selon la même source, le Ministre Shegun Bakari a invité “instamment les autorités nigériennes à éviter toute escalade verbale ou allégation non vérifiée, et à privilégier la promotion d’un dialogue constructif et sincère pour préserver la stabilité et la sécurité dans la sous-région”. Aussi, est-il ajouté, le chef de la diplomatie béninoise a rappelé aussi à la représentante de “la junte militaire au Niger” (c’est dans le texte) que le “Bénin reste attaché au dialogue et à la collaboration fraternelle entre les deux nations”.

Le Bénin reste résolument engagé en faveur de la paix, de la coopération régionale et du respect mutuel entre les nations, a fait savoir le chef de la diplomatie béninoise”, a conclu le texte qui est accompagnée de photos de l’entretien entre le ministre béninois et la diplomate nigérienne, qui était pour la circonstance accompagnée par des responsables à l’Ambassade du Niger à Cotonou, notamment l’attaché militaire en poste.

Les graves, précises et documentées révélations du Général Tiani

Dans l’entretien diffusé le 25 décembre, le Général Tiani avait accusé les autorités béninoises de servir de “base arrière” à la France pour la déstabilisation du Niger et de ses alliés de la Confédération AES en abritant un camp de formation à la frontière où plus de 400 terroristes sont recrutés, entrainés et  équipés par les forces spéciales françaises pour mener des attaques. Avec des détails très précis notamment les indications géographiques et les coordonnés GPS ainsi que certains des dignitaires du régime déchu de Bazoum Mohamed également impliqués dans le complot financé par Paris, le Chef de l’Etat a enfoncé son homologue béninois. “Patrice Talon s’est rendu neuf  fois en France pour discuter de leur complot au sein de la CEDEAO avec les autorités françaises.(…). Cette même France, je le dit et je le répète, qui finance le terrorisme au Sahel. A l’heure où je vous parle, elle a déversé plusieurs milliards de FCFA entre les mains de Boko Haram mais aussi d’autres groupes terroristes en Afrique de l’Ouest, à Sokoto, au Bénin...”, a soutenu le Général Tiani.

Nous rejetons catégoriquement ses accusations, a écrit le ministre des Affaires étrangères du Bénin dans le courrier de protestation adressé à son homologue nigérien, Bakary Yaou Sangaré et dans lequel, Shegun Bakari n’a pas manqué de faire part de sa “consternation” et de sa “préoccupation”, pour les propos du Général Tiani qu’il a qualifié de “fausses, fantaisistes, injustifiées et dénuées de tout fondement objectif. Selon Shegun Bakari, “il est inadmissible que le Bénin soit associé à des valeurs contraires à la paix et à la stabilité régionale” avant d’assurer que “le Bénin ne servira jamais de base arrière pour des actes de déstabilisation du Niger

Selon le ministre béninois, le processus de normalisation des relations entre les deux pays est en cours et en guise de bonne fois, le Bénin a proposé à plusieurs reprises une visite d’officiels des deux pays pour lever « les doutes et les suspicions » sur cette “prétendue” présence des soldats français dans le nord du pays, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso. Dans cette zone frontalière commune aux trois pays, notamment le Parc du W, les forces armées béninoises (FAB) ont déployées des soldats et renforcé le dispositif militaire suite aux multiples attaques terroristes enregistrées ces derniers mois. Des assaillants que le Bénin accuse de provenir “des pays du nord” comme l’a dit le Président Patrice Talon dans son discours sur l’état de la Nation prononcée devant l’Assemblée nationale la semaine dernière tout en promettant de nouveaux armements en 2025 notamment dans le cadre de la coopération militaire avec la France qui a dernièrement offert des Véhicules avant blindé (FAB) et autres matériels de guerre à l’armée béninoise.

La décrispation menacée, un mauvais signal pour la réouverture de la frontière

Ce nouveau épisode n’est pas sans inquiéter ceux qui espéraient la réouverture imminente de la frontière entre les deux pays au regard de la décrispation en cours entre les deux pays après plusieurs de brouille et même d’escalade diplomatique. Le Bénin constituait jusqu’au 26 juillet 2023 et l’avènement des militaires du CNSP au pouvoir de principale porte d’entrée et de sortie des marchandises à destination et en provenance du Niger, grâce notamment au port de Cotonou.

Au lendemain du coup d’état contre Bazoum Mohamed, le président Talon était l’un des farouches opposants de la méthode forte contre le CNSP et n’a pas transigé à mettre en œuvre toutes les sanctions économiques et financières décidées par l’UEMOA et la Cédéao notamment la fermeture des frontières. Par la suite, les autorités béninoises se sont ravisées et après la levée des sanctions, ont été les premières à décidé de l’ouverture de la frontière car l’économie béninoise reposait beaucoup sur les échanges à travers le corridor Cotonou-Niamey. Les autorités nigériennes qui ont entretemps décidé de suspendre l’accord militaire entre les deux pays ont, contre toute attente, décidé de maintenir la frontière fermée, soupçonnant le Bénin de jouer le jeu de la France dont il a même refusé les soldats chassés du Niger d’emprunter la voie béninoise afin de parer à toute éventualité. La tension entre Niamey et Porto-Novo n’a cessé de monter au fil des épisodes et de rebondissements et seul, le pétrole brut que le Niger exporte à travers son voisin grâce à un pipeline exploitée par les chinois arrivait à couler grâce notamment à la médiation de Pékin.

Depuis quelques mois pourtant, on a assisté à un dégel de la brouille diplomatie avec d’abord une médiation entreprise par les anciens présidents Yayi Boni et Nicéphore Soglo, qui  avec la bénédiction de Talon, se sont rendus à Niamey pour rencontrer le patron de la transition. Un comité tripartite a été annoncée et par la suite, en juillet dernier, une délégation conduite par le N°2 du régime de Niamey s’est rendue à Cotonou où elle a échangé avec les autorités béninoises. Après une première rencontre à Pékin en marge du dernier Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC) en août de cette même année, les deux chefs de la diplomatie Shegun Bakary Adjadi du Bénin et Bakary Yaou Sangaré du Niger se sont rencontrés le 27 septembre 2024 à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies pour aplanir les divergences et beaucoup tant au Bénin qu’au Niger où l’économie pâtie de cette situation difficile et compliquée, espérait que le processus de normalisation était presque à son dénouement avec l’ouverture des frontières coté nigérien. Avec ce nouvel épisode et au regard surtout des arguments que Niamey avancent, il va falloir déchanter. A court terme en tout cas alors que d’ici presque un mois, la sortie des pays de l’AES de la Cédéao va entrer en vigueur…

Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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