(Échos du Niger 13 dec)A la veille d’un Sommet ordinaire mais décisif des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédeao prévu demain dimanche à Abuja, les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES), qui se sont réunis vendredi 13 décembre à Niamey, ont réaffirmé la « décision irréversible » des pays membres de divorcer avec l’organisation d’intégration ouest-africaine.
La décision, annoncé par les chefs d’État de l’AES en début d’année devrait en principe prendre effet à compter du 29 janvier prochain, en dépit de la main tendue de la Cédeao et des tentatives de médiations en cours pour une solution à l’amiable entre les deux parties. La réunion ministérielle des chefs de la diplomatie de l’AES de Niamey a été présidée par l’ambassadeur Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération du Mali, pays qui assure la présidence en exercice de l’organisation, en présence de ses homologues du Niger, Bakary Yaou Sangaré et du Burkina Faso représenté par M. Karamoko Jean Marie Traoré ministère des affaires étrangères.
La rencontre qui a été précédée par celle des experts avait pour principal ordre du jour, la libre circulation des personnes et des biens, en perspective à l’entrée en vigueur, le 29 janvier 2025, de la décision des pays membres de la Confédération sahélienne de se retirer de la Cédeao. Lors de la cérémonie d’ouverture de la Session, les Chefs de délégations du Niger, du Burkina et du Mali, ont salué le leadership éclairé des Chefs d’État de la Confédération « qui ont fait de la satisfaction des aspirations profondes de leurs peuples une priorité absolue ». Au cours de la réunion, les Ministres des Affaires étrangères de l’AES ont aussi relevé « la clairvoyance des trois Chefs d’Etat dans leur ferme volonté de renforcer, dans un esprit panafricain, les mécanismes visant à faciliter la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace ouest-africain ».
Ils ont, à cet égard, réaffirmé la portée hautement stratégique de cet engagement dont la mise en œuvre impactera positivement la vie des populations de la Confédération. Les Ministres se sont ainsi félicités des conclusions de la réunion des ministres chargés de la sécurité tenue à Bamako le 22 novembre 2024 sur l’harmonisation des documents de voyage et d’identité au sein de la confédération et leur mise en circulation imminente. Ils se sont également félicités des conclusions des réunions des administrations douanières de la Confédération élargies au Togo et tenues du 22 au 25 Juillet 2024 à Niamey et du 24 au 27 septembre 2024 à Lomé.
Décision irréversible de quitter la Cédeao…
Dans le communiqué final ayant sanctionné la rencontre de Niamey, les chefs de la diplomatie de l’AES, tout en rappelant « la décision irréversible des Etats de la Confédération de retrait de la CEDEAO », ont engagé les comités pluridisciplinaires à poursuivre les réflexions visant à convenir des modalités de sortie dans l’intérêt des populations de la Confédération. Par ailleurs, sur les questions de paix et de sécurité, les ministres se sont félicités « des succès enregistrés sur le terrain » par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) du Burkina, du Mali et du Niger, dans le cadre de leur lutte commune contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Ils ont exprimé leur appréciation positive de la coordination entre les trois pays, notamment en ce qui concerne l’opérationnalisation de la force unifiée. Ils ont de ce fait saisi l’occasion pour rendre hommage à toutes les victimes civiles et militaires et salué la résilience des populations de la Confédération face aux crises avant de condamner fermement les actes terroristes posés contre les populations civiles innocentes et les Forces de Défense et de Sécurité des Etats membres de la Confédération. Enfin, ils ont également réaffirmé la détermination de la Confédération à combattre et vaincre les forces du mal.
Que va décider la conférence des chefs d’État de la Cédeao ?…
Cette rencontre de Niamey intervient à la veille d’un sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Cédeao prévu le dimanche 15 décembre 2024 à Abuja, au Nigeria. Le Sommet devrait en principe statuer définitivement sur la sortie des pays de l’AES de l’organisation d’intégration ouest-africaine, à un peu plus d’un mois du délai légal d’entrée en vigueur de la décision des Chefs d’Etat de l’AES, le 29 janvier 2025, conformément aux textes statutaires de l’organisation.En dépit de la décision maintes fois réaffirmée par les Chefs d’Etat de l’AES de ne plus faire marche arrière, des médiations ont été engagées pour une solution à l’amiable. La Cédeao a même nommés deux médiateurs, le nouveau Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son homologue du Togo, Faire Eyadéma, pour maintenir le contact et tenter de ramener les chefs des 3 pays dans le giron de l’organisation communautaires, mais aucun progrès palpable n’a été jusque-là officiellement enregistré.
Il y a quelques jours à Doha où il participait à un forum international, le chef de l’Etat sénégalais s’est montré très s évasif en déclarant qu’il y a des négociations en cours mais que « la décision souveraine de ces États doit être respectée ». Il faut dire que même au sein de la Cédeao, les pays sont divisés sur l’attitude à adopter face à la décision des pays de l’AES. Alors que des pays comme le Nigeria, dont le Président Ahmed Bola Tinubu assure la présidence en exergue de la Cédeao, prône pour une réconciliation en laissant la main toujours tendue aux 3 pays, d’autres, principalement anglophones, veulent acter ce retrait pour que l’organisation continue à se focaliser sur ses dossiers prioritaires en matière d’intégration. Le Parlement de la Cédeao a dans un communiqué publié mercredi dernier, solliciter auprès des Chefs d’État, une rallonge exceptionnelle du délai imparti par les textes, afin de donner une autre chance aux négociations en vue d’une solution à l’amiable voire éviter le divorce.

Ce qui n’est visiblement pas à envisager au niveau des 3 pays de la Confédération de l’AES comme l’a réitéré vendredi à Niamey devant les médias à l’issue de la réunion ministérielle, le ministre Abdoulaye Diop, dans le sillage des propos tenus mardi dernier à l’occasion du message à la nation qu’il a prononcé à la veille de la commémoration de la fête de l’indépendance du pays, le Président du Faso. « Notre cheminement avec la Cédeao est arrivé à son terme et il n’ y aura pas de retour en arrière possible » a déclaré le Capitaine Ibrahim Traoré, qui reste sur la même longueur d’onde que la position exprimée depuis un an par ses homologues du Niger, le Général de Brigade Abdourahamane Tiani, et du Mali, le général d’armée Assimi Goita. Autant dire qu’à Niamey, Ouagadougou et Bamako, le divorce d’avec la Cédeao est déjà acté, il reste à en tirer les conséquences et à préparer les modalités d’une sortie qui arrangerait les deux organisations désormais partenaires.
Aboubacar Yacouba Barma

