(Les Echos du Niger 6 déc) Au Niger, la vaccination des enfants de 0 à 5 ans est un droit pour tous les enfants de cette tranche d’âge et une obligation pour les parents d’y veiller, en dépit de leurs croyances et considérations non scientifiques. Si les efforts de sensibilisation des populations au cours des dernières décennies semblent apporter des fruits dans le sens de la bonne collaboration des parents et la déconstruction des idées reçues autours des vaccins, dans certaines localités du pays des parents récalcitrants font du rétropédalage vers le moyens âge. C’est le cas à Madaoua, et Konni dans la région de Tahoua où une dizaine d’enfants ont été violements soustraits au deuxième round de vaccination tenu au mois de juillet.
Dans les zones rurales du Niger le vaccin contre la poliomyélite fait partie des vaccins les plus vilipendés et le plus empreint stéréotypes au détriment du droit à la santé des enfants. Au mois de juillet dernier des équipes de vaccination en ont payé les frais dans les localités de Madaoua et de Konni.
A Madaoua plus précisément au quartier Mallamaoua, c’étaient deux imans qui se sont opposé tours à tour à la vaccination non pas de leurs enfants mais aussi de tous les enfants de concession. Dans les détails, il s’agit de six (6) enfants dont deux (2) de 0-11 mois et quatre (4) de 12-59. La raison avancée par ces figures influentes du quartier ce que le vaccin contre la poliomyélite est une conspiration « vous savez très bien que ce vaccin est une conspiration de l’occident visant à enrailler la natalité de nos enfants. Pourquoi vous continuez à l’inoculer à nos enfants ? Et puis quel est cette vaccination qui ne finit jamais chaque année vous la faite ça ne finit pas ? » lance un des imans à l’équipe de vaccination.
A chaque campagne de vaccination des situations comme cela sont constatées plus particulièrement à l’intérieur du pays. Ce type de comportement pourrait provenir d’un parent lambda comme tout autre avec peu de conséquence mais quand elle émane d’un leader de la communauté il y a de quoi s’inquiéter. En effet, en plus d’être une violation flagrante du droit de ces enfant à la santé et du reste une violation de l’article 24 de la Convention Internationale Relative au Droit de l’Enfant ratifié par le Niger, elle influence négativement des parents qui ne partagent pas ses stéréotypes. Selon l’article 24 de cet instruement internation en faveur du droit de l’enfant, « L’enfant a le droit de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux. L’État met un accent particulier sur les soins de santé primaires et les soins préventifs…assurer qu’aucun enfant ne soit privé du droit d’avoir accès à des services de santé efficaces » indique cette disposition.
En parlant de disposition juridique et de droit, fait ironique à Konni c’est un juriste qui s’était opposé à la vaccination de ses enfants. « Je n’ai pas confiance au vaccin de la poliomyélite. Mais là n’est même pas la question avez-vous un acte juridique, un décret ou un arrêté qui instruit l’obligation de faire vacciner les enfants ? » interroge le nommé Bachirou.
Ce sont là des attitudes aux causes et motivations diverses qui sapent les efforts de l’Etat et ses partenaires en matière de couverture vaccinal.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un taux de vaccination inférieur à 95 % dans une population peut entraîner la résurgence de la maladie, même dans des zones précédemment exemptes de polio.
Au Niger, selon les statistiques du ministère de la santé, la couverture vaccinale est de 90%. Dans 94% des districts sanitaires elle est inférieure ou égale à 80% selon la même source, ce qui veut dire que le Niger n’est pas à l’abris d’une résurgence de la poliomyélite.
« Nous devons redoubler d’efforts pour éduquer les familles sur l’importance des vaccins et pour combattre les fausses informations », recommande Dr Maria Solano, spécialiste des maladies infectieuses à l’UNICEF.
Youssouf Sériba
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