(Les Echos du Niger 23 nov) Au poids mort depuis les évènements du 26 juillet, la coopération entre l’Union Européenne et les autorités du Niger est entrée dans une nouvelle phase tendue. Ce samedi 23 novembre, « l’UE a décidé de rappeler son ambassadeur de Niamey pour consultation à Bruxelles » a indiqué le porte-parole du service Diplomatique de l’Union Européenne dans un communiqué. Cette action de Bruxelles fait suite à un autre communiqué du ministères des affaires étrangères du Niger qui demande un audit de l’assistance humanitaire de l’UE au profits des populations victimes des inondations lors de la saison hivernale 2024.
Entre fin mai et le 16 octobre 2024 dates correspondant au début et à la fin de la saison des pluies, le Niger a enregistré 391 décès liés aux inondations selon OCHA. On note également l’effondrement de 152 232 maisons, la destruction de 2 477 salles de classes et la perte de 25 728 têtes de bétail selon la même source. Résultat, plus de 1.438.627 ont bessons d’assistance humanitaire depuis lors. C’est ainsi que l’Union Européenne dans un élan de solidarité a décidé de soutenir les communautés suites à cette catastrophe. Ainsi, ce sont 1,3 millions d’euros soit environ 848.556.891 millions de francs CFA que l’Institution a mis à la disposition des populations touchés par les inondations.
Dans son communiqué, le ministère des affaires étrangères a indiqué que « l’ambassadeur de l’Union Européenne au Niger a de manière arbitraire procédé à l’affectation de cette subvention aux ONG notamment le Comité International de la Croix Rouge(CICR), la Danish Refugee Council(DRC), et Cooperazionne internationale(COOPI) » déplore la diplomatie nigérienne qui annonce un audit de l’Etat sur la gestion de ce fonds et invite l’Union Européenne à faire de même afin de « savoir l’usage et la destination réels des sommes allouées au ONG ».
Faut-il le rappeler, ce n’est pas la première fois que l’Union Européenne et ses 27 Etats membre appuient les sinistrés au Niger. Après les sinistres inondations de 2020, l’UE a alloué 4,2 d’euros soit plus de 2,7 milliards FCFA au profit de plus de 500.000 personnes sinistrés à travers le pays.
Selon un haut fonctionnaire de l’Union Européenne interrogé par les Echos du Niger, « plus de 40/% de l’aide humanitaire de l’UE au profit des pays africains passe par les organisations Onusiennes qui assurent l’assistance au niveau opérationnel en fonction des pays et des besoins ».

« Cette politique obéit à deux objectifs : premièrement, elle permet d’assurer la transparence de la gestion des fonds qui devraient bénéficier intégralement aux ayants droits. Deuxièmement, il arrive des moments où dans certains pays le dialogue avec les autorités devient difficile ou interrompue, cette politique nous permet de continuer à soutenir les populations vulnérables et c’est le cas avec certain pays du Sahel dont le Niger » nous confie la même source.
Politisation de l’aide humanitaire…
Les organisations internationales ci-haut mentionnées, ont-elles fait une utilisation inadéquate de ces 1,3 millions ? Les services décentralisés du gouvernement n’ont-ils pas été associés à la gestion de ce fond ? Ne faut-il pas craindre une politisation de l’aide humanitaire dommageable aux populations vulnérables ? Ce sont là autant de question que suscite cette nouvelle passe d’arme entre le Niger et l’UE.
Dans le cadre de la mise en œuvre des projets et programmes « nos organisation travaillent en étroite collaboration avec les autorités au nouveau national, locale et avec les chefs traditionnels. Notre principale priorité est d’être en harmonie avec les besoins des populations » nous a confié le Directeur pays d’une organisation internationale sur la question de la collaboration avec l’administration.
Depuis leurs accessions au pouvoir, le 26 juillet, les autorités militaires ont affiché une volonté de contrôler scrupuleusement les activités des Organisations internationales et autres associations œuvrant dans le domaine humanitaire. En mars dernier, le ministère de l’intérieur a dans un point de presse, annoncé des résolutions du gouvernement visant à instaurer une discipline rigoureuse au sein des ONG et des associations. « Il faut qu’on cadre et recadre ce que chacune de ces ONGs et Associations doivent faire surtout en lien avec le contexte actuel en mettant l’accent sur les ONGs étrangères » a déclaré le Secrétaire Générale du Ministère de l’intérieur Samaila Idi Dan Bouzou lors de ce point de presse. « Notre pays a des orientations politiques nouvelles, il faut que les ONGs et Association soient en harmonie avec les orientations du CNSP » prévient le SG Dan Bouzou.
Le 12 novembre 2024, le ministère de l’Intérieur a retiré les autorisations d’exercice de deux ONGs à savoir ACTED et l’Action Pour le Bien-Être (APBE) respectivement par les arrêtés N° 01208 et N° 01209 signés par le Grand flic du pays Mohamed Toumba avec effet immédiatement.
Faut-il le rappeler, l’aide humanitaire destinée aux populations affectées par les crises et catastrophe naturelles ne doit être influencée par aucun objectif politique, stratégique, militaire ou économique. C’est du reste l’obligation imposée par la Convention 4 de Genève sur l’assistance humanitaire aux populations civiles auxquels le Niger a ratifié au même titre que les 27 pays membre de l’UE.
Pour l’heure, Bruxelles a rappelé son ambassadeur Da Franca pour consultation tout en faisant part de son désaccord face avec ce qu’elle qualifie d’ « allégations et justifications par les autorités de la transition ».
Youssouf Sériba

