(Les Echos du Niger 9 octobre)Dans une note du 30 septembre, la Banque mondiale revient sur la situation économique du Niger. Malgré le contexte sociopolitique que traverse le pays avec de nombreux défis, l’institution de Breton Wood annonce un rebond de la croissance en 2024. Toutefois, cette reprise de l’économie nigérienne dépendra « de la situation sécuritaire et des conditions climatiques, ainsi que de la vigueur de la production de pétrole destinée à l’exportation. »
Un taux de croissance de 5,7 % pour cette année 2024, c’est ce que prévoit la Banque Mondiale pour le Niger qui ressort d’une crise sociopolitique sans commune mesure dans son histoire. « Ce rebond serait tiré par les exportations de pétrole, tandis que les secteurs non pétroliers (industries et services), qui ont subi de lourdes pertes en 2023, peinent à se relever », explique le rapport. « Compte tenu des prévisions de croissance, le taux d’extrême pauvreté devrait diminuer à partir de cette année, pour s’établir à 42,5 % d’ici à la fin de 2026. Cette projection suppose que la production agricole progresse fortement et que la hausse des revenus pétroliers soit efficacement exploitée au profit de la population» indique le même rapport. Si ce taux en soit est meilleur, il est loin des prévisions excellentes à deux chiffres du FMI avant les évènements du 26 juillet 2023.
La crise politique provoquée par le coup d’Etat et les sanctions commerciales et financières imposées pendant six mois par la communauté ouest-africaine ont considérablement réduit l’activité économique, constate la Banque mondiale. La croissance du PIB, estimée avant la crise à presque 7% en 2023 et 12% en 2024, sur la base de l’exportation de pétrole à grande échelle, a plafonné finalement à 2% en 2023.
« Les dépenses publiques ont chuté en raison du gel des avoirs, de la perte des financements régionaux et d’une réduction significative des financements extérieurs, estimée à environ 7,5 % du PIB. L’investissement privé a également fortement diminué en 2023 en raison du climat d’incertitude et d’une crise de liquidité dans le secteur bancaire imputable aux sanctions financières », indique la Banque, sans surprise. Mais Han Fraeters, le responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Niger, souligne que l’économie nationale a fait preuve, dans ce contexte difficile, de « résilience », « en partie grâce à l’intervention proactive des autorités ».

« Ces mesures ont permis au gouvernement de continuer à payer les salaires du secteur public et de gérer la crise énergétique causée par l’interruption des importations d’électricité en provenance du Nigéria. L’économie nigérienne reste toutefois fragile et largement tributaire de l’agriculture pluviale, ce qui la rend vulnérable aux chocs climatiques. Il est essentiel d’investir dans le capital humain, et en particulier dans l’éducation, pour parvenir à une croissance inclusive et durable », estime-t-il.
De cette analyse de la Banque Mondiale on comprend aisément pourquoi elle a accordée en juillet dernier une enveloppe de 214 milliards de CFA pour fiancer le secteur agricole de celui de l’élevage.
Youssouf Sériba

