(Les Echos du Niger 9 août) Le 26 juillet 2024, l’armée malienne et les supplétifs du groupe russe Africa corps (ex-Wagner) ont affronté les rebelles du cadre stratégique et permanent (CSP) dans les environs de Tinzaouatène, une localité située à la frontière algérienne. Les combats d’une rare violence ont entrainé des pertes importantes dans les rangs des FAMA et des paramilitaires russes. Le communiqué de l’État-major malien indique que « la bravoure et la détermination de nos soldats n’ont pas permis d’éviter un nombre important de pertes en vies humaines et matérielles ».
Bamako précise que les rebelles touaregs se sont servis des véhicules kamikazes au cours de cette attaque. La violence des combats a été confirmée par des médias officiels russes. Une tempête de sable aurait permis aux groupes armés de recevoir des renforts et d’augmenter leurs effectifs jusqu’à 1 000 personnes et ceux-ci se sont également servis de drones armés contre les soldats maliens et les combattants russes.
Deux personnalités de premier rang du groupe paramilitaire russe auraient été tuées lors des combats. Il s’agit du spécialiste de la propagande de Wagner dans le monde et d’un commandant militaire connu par son surnom Proud. Son dernier message radio avant de mourir serait selon les sources russes ceci : « Nous ne sommes plus que trois, nous continuons à nous battre ».
Le bilan reste à ce jour inconnu. L’armée malienne a indiqué n’avoir perdu que deux soldats dans un premier temps avant de se rétracter et de déplorer la mort d’un grand nombre de soldats. Le Wall street Journal précise que ce sont plus de 50 combattants russes qui sont tombés sous les balles ennemies. S’il est vrai que le mystère demeure entier sur le nombre de victimes, les combattants russes de l’Africa corps semblent être les premières cibles des rebelles du CSP.
Ce constat a conduit des analystes à spéculer sur une possible implication de l’Ukraine dans la coordination de cette attaque. Ces soupçons sont sur le point d’être confirmés. Les médias britanniques cités par le FIGARO affirment que le renseignement militaire ukrainien a déclaré, sans plus de précisions, avoir appuyé les rebelles Touaregs au cours de cette attaque d’envergure.
L’Ukraine revendique ainsi un rôle clé dans la bataille. Andrii Yusov, le porte-parole du service de renseignement militaire de l’Ukraine, a déclaré que « les rebelles du CSP ont reçu les informations nécessaires, et pas seulement des informations, qui ont permis de mener à bien une opération militaire contre les criminels de guerre russes ».
Selon ce dernier, les contacts entre le renseignement militaire ukrainien et les cadre du CSP s’est fait à l’initiative des rebelles touaregs. Les renseignements ukrainiens n’ont pas apporté de précision sur la nature ni la portée de leur implication. À cet effet, le porte-parole du GUR a indiqué qu’il ne donnerait « pas de détails pour le moment », mais a promis que d’autres informations suivront.
La chaîne russe RT a affirmé avoir les preuves de l’implication d’instructeurs ukrainiens aux côtés des rebelles touareg du nord du Mali. Le Kyiv Post a publié une photo, non authentifiée, montrant un drapeau ukrainien arboré par les Touaregs. Les rebelles du CSP semblent, de leur côté, plus que jamais déterminés à combattre la Russie. Dans leurs communiqués, ils parlent d’une guerre existentielle contre le kremlin et postent sur les réseaux sociaux des photos du drapeau ukrainien. Un porte-parole du CSP a indiqué que l’alliance des rebelles touaregs envisage de remettre des mercenaires prisonniers à Kiev. « Chers frères ukrainiens (…) ce geste vise à vous aider dans votre lutte pour la justice et la liberté. Nous espérons qu’il contribuera à renforcer nos liens et notre victoire commune », a écrit le porte-parole sur X.
Ce n’est pas la première fois que le conflit russo-ukrainien s’exporte sur le continent africain. En novembre 2023, au Soudan, des vidéos publiées par le Kiyv Post, montraient des images d’une opération terrestre et de frappes probablement menées par les services spéciaux ukrainiens, contre une milice soudanaise, les Forces de soutien rapide (RSF), dans la périphérie de Khartoum. Cette milice est elle-même soutenue par les mercenaires russes Wagner. Une source ukrainienne, consultée par le journal Monde, avait confirmé que des membres des forces spéciales ukrainiennes et des membres du renseignement militaire résidaient alors en permanence au Soudan.
Cette extrapolation du conflit au Sahel, une région déjà fortement instable, inquiète de nombreux spécialistes qui craignent que la guerre entre l’Ukraine et la Russie en deviennent un conflit mondial. De leur côté, les pays de l’AES que sont le Mali, le Burkina et le Niger semblent avoir choisi leur camp dans cette guerre. Des instructeurs militaires russes sont présents dans tous ces pays et combattent au côté des troupes régulières contre les groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
La Rédaction
