Mines : Moscou veut-il arracher à Paris l’exploitation de l’uranium nigérien ?

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(Les Echos du Niger 5 juin) Selon Bloomberg, la Russie serait en train de fomenter la prise de contrôle des industries françaises spécialisées dans l’exploitation de l’uranium au Niger. Le célèbre média économique se base sur des témoignages récoltés à Moscou qui indiquent que dans les mois et les années à venir, la présence française au Sahel, dans le domaine énergétique, pourrait arriver à sa fin sur le plan économique. 

Bloomberg explique que Rosatom, le géant nucléaire détenu par l’État russe, se rapproche de plus en plus des autorités militaires du Niger. La compagnie minière russe entend ainsi profiter de la dégradation des relations diplomatiques et sécuritaires entre le Niger et la France depuis le coup d’État du 26 juillet. Les ambitions de Rosatom sont claires. Acquérir des actifs d’uranium détenus par Orano SA (ex-Areva), une entreprise contrôlée par l’État français. 

Les discussions seraient toutefois à leur début et n’auraient pas encore abouti à des négociations formelles. Les deux pays n’ont donc pas encore défini les termes d’une éventuelle transaction. Néanmoins, l’aboutissement d’un tel accord serait un coup dur pour la France non seulement sur le plan énergétique, mais aussi sur le plan diplomatique.

En 2023, le prix de l’uranium a atteint un niveau record depuis 17 ans. Au lendemain du coup d’État, le Niger avait suspendu les exportations d’uranium à cause notamment des sanctions prises par la Cedeao. Ce n’est qu’au début de l’année 2023, qu’Orano mining a repris timidement ces activités. Le pays possède certaines des mines d’uranium les plus importantes du continent, cette suspension a eu pour effet d’entraîner le prix de l’uranium à la hausse.  

Rappelons qu’en mars 2024, une délégation de haut rang américain était venue exprimer à Niamey, leurs préoccupations concernant les relations potentielles de la junte avec la Russie et l’Iran. Les USA avaient même accusé Niamey de chercher à vendre de l’uranium à l’Iran, ce que le pays a démenti. Pendant ce temps, une délégation du Niger a assisté pour la première fois à l’événement phare de l’industrie nucléaire russe, le forum Atomexpo, organisé par Rosatom à Sotchi. Entre-temps, il a été révélé que le Niger est d’accord pour livrer 200 tonnes d’uranium à Téhéran contre une assistance dans le domaine énergétique et militaire. L’Iran serait notamment prêt à fournir des groupes électrogènes très puissants au Niger pour permettre au pays de produire plus d’électricité. 

Entre 2012 et 2022, 20 % de l’uranium français venait du Niger, deuxième fournisseur derrière le Kazakhstan à 27 % et troisième devant l’Ouzbékistan et ses 19 %. L’Union-Européenne de son côté exportait 25,38 % de son uranium du Niger en 2022, selon l’Agence d’approvisionnement Euratom. Si la Russie supplante la France dans le secteur de l’Uranium au Niger, c’est toute l’Europe qui pourrait connaître des difficultés sur le plan énergétique. 

Toutefois selon la même source Orano Mining, le géant de l’atome français qui possède la majorité des parts dans plusieurs mines nigériennes, a indiqué ne pas être au courant de discussions entre Moscou et Niamey au sujet de sa potentielle éviction.

Pour le Niger, engagé dans un processus de réappropriation de sa souveraineté, le plus important est de collaborer avec le partenaire aux conditions les plus avantageuses en vue de tirer au maximum profit de ses richesses.

Youssouf Sériba

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