Rupture de l’accord sécuritaire avec les États-Unis : quel est le rôle de l’Iran

Actualité Coopération

(Les Echos du Niger 24 mars) Une semaine après l’annonce de la rupture des accords militaires entre le Niger et les États-Unis à l’initiative du CNSP, les commentaires vont bon train dans tous les sens. Le fait que les États-Unis demandent des explications fait dire à certains analystes que le retrait des 600 soldats restant dans le pays pourrait se faire à l’issue d’un bras de fer. Épisode qui rappelle les conditions dans lesquelles les soldats Français ont dû quitter le territoire. Quant à la base secrète de Dirkou, directement contrôlée et gérée par la CIA, son sort reste pour le moment inconnu.

Mais le rôle d’un des acteurs pointés du doigt par les États-Unis restent ambigu. Il s’agit de l’Iran. Selon Washington, les points de désaccords qui sont apparus entre la délégation américaine et les autorités de la transition nigérienne concernent les relations que le Niger a développées depuis le coup d’État du 26 juillet avec non seulement l’Iran mais également la Russie. Pour Washington, le CNSP doit prendre ses distances avec Téhéran et s’aligner sur leur politique hostile vis-à-vis de ce pays. Le CNSP a exprimé son désaccord et a réclamé son droit de traiter avec les partenaires de son choix.

Cette réaction de Washington fait suite à la visite ayant eu lieu à la fin du mois de février dernier, d’une importante délégation conduite par le vice-ministre iranien des affaires étrangères chargé des affaires économiques, Dr Mehdi Safari. Les discussions avaient alors porté sur des projets visant à renforcer les infrastructures énergétiques et électriques au Niger avec l’annonce de l’installation prochaine de centrales électriques dans le pays. Des opportunités de coopération dans le secteur médical, mettant en avant les capacités avancées de l’Iran en matière de biotechnologie et de nanotechnologie, ont été aussi soulevées.

Selon une source anonyme citée par le Wall Street Journal, les deux parties auraient déjà signé un accord préliminaire autorisant Téhéran à acquérir de l’uranium nigérien. Toutefois, deux autres sources diplomatiques proche du dossier ont avancé que le deal n’avait pas encore été finalisé. Pour rappel enrichi, l’uranium sert à alimenter des centrales nucléaires civiles, mais un taux d’enrichissement élevé signale une utilisation militaire, 90 % étant considéré comme le seuil indiqué pour alimenter une bombe atomique. D’où l’inquiétude du gouvernement américain.

Pour Washington, cette démarche de l’Iran est intéressante et la république islamique chercherait le moyen de mettre la main sur l’Uranium Nigérien dans le but de développer son programme nucléaire. On peut rire de la position américaine. En plus de 3 décennies de coopération, le pays n’a aidé le Niger à n’avoir aucune installation électrique. De quoi viennent-ils se plaindre alors? Quant à leurs beaux discours sur la démocratie et les droits de l’homme, ils peuvent les donner à des pays comme l’Arabie Saoudite et à Israël.

De part et d’autres du continent africain, des voix s’élèvent pour soutenir la démarche du Niger. Beaucoup estiment que d’autres doivent s’inspirer de cette posture et aller dans le même sens. D’autres au contraire craignent la colère des USA dont l’historique de déstabilisation des pays, particulièrement en Amérique latine, dépasse de loin, celui de n’importe quel autre pays y compris la France.

Youssouf Sériba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *