Niger : l’ensablement du fleuve menace l’économie et des vies humaines

Environnement

(Les Echos du Niger 15 mars) Au Niger, l’ensablement du fleuve Niger présente un très grand danger pour les populations. Long de 4.200 km, le Niger fait vivre plus de 100 millions de Sahéliens. Le fleuve qui traverse la ville de Niamey a d’ailleurs donné naissance à un peuple particulier, il s’agit des   Sorkos, ou « homme de l’eau ». Ces derniers sont  pêcheurs, piroguiers, sauveteurs occasionnels et voient aujourd’hui leur mode de vie menacé.

L’érosion qui touche l’un des plus grands fleuves d’Afrique n’est pas un phénomène nouveau.  À partir des années 1980, le fleuve a commencé à s’ensabler au point qu’il est désormais possible de le traverser à pied à Niamey à plusieurs endroits en période d’étiage, de mars à mai.

«Avant c’était possible de pêcher toute l’année, mais à cause de l’ensablement, maintenant tu vas seulement te fatiguer et revenir à la maison bredouille », déplore le pêcheur Abdoul Rahamane au micro des journalistes du média la croix.

Phénomène naturel, l’érosion qui provoque aujourd’hui l’ensablement du fleuve Niger a été accélérée par le développement des surfaces agricoles. Les particules de sol sablonneux vont alors se déverser dans les cours d’eau, selon une étude publiée en 2022 par des chercheurs nigériens.

Les terres cultivées ont connu une augmentation de 73% entre 1960 à 2010. La hausse des précipitations au Sahel et leur imprévisibilité depuis les années 1980 a encore aggravé l’érosion des sols.

« Le secteur va mal, il n’est pas bien organisé tandis que le fleuve est gravement menacé », estime Moussa Sanou le représentant d’une association de pêcheurs de Niamey toujours au micro du média la croix. « Pour donner un second souffle au secteur, il faudra curer le fleuve pour permettre aux poissons de se reproduire beaucoup et adopter le système de pisciculture moderne », a-t-il ajouté.

En 1985 déjà, les autorités alertées par l’assèchement total du fleuve pendant 24 heures, avaient appelé la population à creuser le sable à la main. Plusieurs programmes de lutte contre l’érosion des sols et de développement de la pisciculture ont été initiés par les régimes successifs, avec l’appui des partenaires internationaux.

Si la question liée à l’assèchement du fleuve Niger n’a pas encore été spécifiquement évoquée par le gouvernement de transition, les nouvelles autorités doivent prendre toute la mesure de la situation et initier rapidement des actions pour inverser la tendance. Si l’ensablement se poursuit, elle pourrait provoquer une crise plus grave que les crises sécuritaires et alimentaires que traversent actuellement le pays. Les conséquences de cette crise affecteront les populations bien au-delà des frontières du Niger

Mawulolo Ahlijah

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