(Les Échos Niger 21 fév) Ce n’est pas la toute première fois et ce ne sera peut être pas la dernière fois. Le syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN) vient d’effectuer une sortie dans laquelle il fustige une fois encore le fonctionnement de la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (Coldeff). Pour les magistrats, les propos clairement populistes du Président de la Coldeff le colonel Abdoul Wahid Djibo, lors de sa sortie du 16 février dernier, sont inadmissibles dans l’État de trois et révèlent une entreprise de sape du pouvoir judiciaire.
En effet au cours de cette sortie, le Colonel Abdoul Wahid Djibo qui se trouve à la tête de cette institution a déclaré qu’un peu moins de 16 milliards de franc CFA avait déjà été recouvré et que le montant serait nettement supérieur si la Coldeff avait eu accès aux dossiers qui pendaient à la justice. Il a alors indiqué que son institution était à pied d’œuvre pour arracher ses dossiers d’une façon légale.
Le pouvoir judiciaire est-elle dissoute le 26 juillet ?
Pourquoi le président de la Coldeff veut-il arraché des dossiers pendant devant les tribunaux ? Ne est-ce pas une façon d’ôter à la justice ses prérogatives ? La Coldeff a-t-elle désormais la prérogative de juger ? Telles sont les questions que suscitent légitimement le brade fers entre les magistrats et la commission. Pour le SAMAN, il s’agit d’une provocation de plus et d’une entrave au bon fonctionnement de la justice. Le syndicat prend à témoin l’opinion nationale et internationale de cette situation et « met en garde le CNSP contre le risque lié à la survenance d’une grave crise institutionnelle si jamais les projets de la Coldeff venait à se réaliser ».

Notons que depuis sa création, la Coldeff attire les foudres des magistrats du Niger qui considèrent que le fonctionnement de cette organisation empiète sur leurs compétences et constitue une violation de la règle des séparations des pouvoirs. Les magistrats ne sont pas les seuls acteurs de la justice à désapprouver les méthodes de la Coldeff.
Les griefs du barreau contre la Coldeff…
La semaine dernière, le barreau du Niger a également dénoncé des actes de violations des droits de l’homme dans le cadre de la lutte contre la délinquance financière.
Le barreau demande au CNSP d’intervenir pour mieux délimiter et contrôler les actions de La Commission de Lutte contre la Délinquance Économique, Financière et Fiscale (COLDEFF). Selon maître Oumarou Sanda Kadri, bâtonnier de l’ordre des avocats du Niger s’est exprimé sur le sujet.
« Il y a des personnes interpellées et puis mises en détention dans des conditions illégales. Deuxièmement, il y a une commission qui a été mise en place et qui est chargée de lutter contre la délinquance économique. Devant cette commission, les citoyens ont le droit de se faire assister par leur défenseur, mais cela nous a été empêché, ce qui est contraire à la loi » a-t-il déclaré.

« Nous avons essayé d’alerter le procureur général, qui n’a pas donné suite à notre lettre. La situation persiste. Nous avons estimé nécessaire d’attirer l’attention des pouvoirs publics. Nous ne sommes pas contre toute investigation qui va permettre que l’État puisse recouvrer les sommes détournées, mais nous disons que les citoyens ont également le droit à l’assistance de leur avocat. Le CNSP est aujourd’hui au pouvoir, il a réaffirmé son attachement à l’État de droit et seul le respect de la loi va permettre aux citoyens d’avoir confiance en l’État », a-t-il ajouté.
Pendant ce temps, une partie de l’opinion publique nigérienne semble soutenir l’action de la COLDEFF.
Youssouf Seriba

