Site icon

Nécrologie: la culture nigérienne en deuil avec la disparition du cinéaste Harouna Coulibaly

Publicités

Le monument de la culture nigérienne, Harouna Coulibaly, écrivain, dramaturge et cinéaste, a tiré sa révérence, le jeudi 11 décembre 2025 à Niamey, après une longue maladie. Cadre des impôts et figure majeure de la culture africaine, il laisse derrière lui une œuvre riche, engagée et profondément ancrée dans les réalités sociales du pays. De 1986 à 1995, il a signé nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et analyses publiées dans Sahel Dimanche, Haské et Tribune du Peuple. Président du club de lecture du CCFN Jean Rouch en 1989, coordinateur de l’APROCULT en 1990, il s’est également illustré au sein des jeunesses panafricaines du Niger. Auteur de la pièce Le Devoir (1995), il y dénonçait avec force la corruption et les dérives sociales. Il se tourne ensuite vers le cinéma avec Wadjibi (1996), adaptation filmique de sa pièce, avant de poursuivre sa formation à Ouaga et Dakar. En 1999, il devient président de l’Association des Cinéastes Nigériens. Il travaille à travers toute l’Afrique de l’Ouest, notamment au Mali avec la série Awa, la consécration (2012), et rend hommage à Oumarou Ganda dans L’étoile filante du cinéma nigérien.

Une vie au service de la culture africaine et un engagement pour un cinéma au service de la société

Harouna Coulibaly est un homme de culture engagé comme en témoigne l’éloge qui lui a consacré, dans une de ses publications, le media culturel panafricain “Africultures” et dont nous reproduisons ici l’intégralité pour lui rendre hommage.

Harouna COULIBALY est franco arabe. Il débuta ses études à la Médersa de Magaria, au titre de la première promotion et les poursuivit au CEG V de Niamey (Collège Franco Arabe). Mais faute de Lycée Franco Arabe, établissement de relais, il dût les interrompre prématurément et entra à l’Ecole Nationale d’Administration de Niamey (ENA), où il obtint le diplôme du Niveau Moyen, Option Fiscalité et Domaines.
Il débuta sa carrière de fonctionnaire de l’Etat, à la Direction Générale des Impôts, où il assuma les charges de Chef de Service Relations Publiques.
Son militantisme actif, au sein du Syndicat National des Impôts et du Trésor (SNIT), lui valut le poste de Secrétaire Général à l’Information, puis du 1er Secrétaire Général Adjoint dudit Syndicat.
En marge de cette vie professionnelle et syndicale, il mena une intense activité au sein du « Club des Amis du Livre » du Centre Culturel Franco – Nigérien, Jean ROUCH, dont il fut le Président en 1989 et au sein de l’Association pour la Promotion de la Culture (APROCULT), dont il fut le 1er Coordonnateur, en 1990. Militant panafricaniste convaincu, il représenta avec brio en 1995 l’Organisation des Jeunesses Panafricanistes du Niger. La jeunesse d’Afrique écrit au Président de la République du Niger pour l’informer du choix porté sur le Niger pour organiser les prochaines assises eu égard au sens des relations humaines et la conduite du camarade Coulibaly qui ont renforcé la conviction des participants.

Bref, il fut plus connu pour son engagement syndical et son activisme dans les milieux littéraires que pour sa fonction de fiscaliste.
Sans pour autant abandonner le monde littéraire, il s’éprit du septième art. Admis en 1997, par voie d’accès direct, à l’Ecole Supérieure des Etudes Cinématographiques Africaines de Paris (ESEC), qu’il n’a pu fréquenter pour des raisons de service, il fut alors sélectionné en 1999, pour effectuer des stages techniques de perfectionnement sur l’audio visuel à Ouagadougou (Burkina Fasso), Capitale du Cinéma Africain, pour le compte de la Fédération Panafricaine des Cinéastes Africains (FEPACI) et le PADIAVA / Montréal au Canada. En dépit du fait qu’il fut porté au poste de Président de l’Association des Cinéastes Nigériens, par ses pairs, au cours de la même année, il décida de prendre sa disponibilité pour renouer avec les stages techniques et de perfectionnement, notamment en 2004, à Dakar (République du Sénégal), dans le cadre de la réalisation d’une série télévisée.
Avant d’évoluer du métier de la plume au cinéma, il fut auteur d’une douzaine de nouvelles, de plusieurs poèmes, pièces de théâtre et articles de réflexion, parus entre 1986 et 1995, dans les journaux et périodiques locaux (Sahel Dimanche, Haské, Tribune du Peuple….), ainsi que dans des journaux internationaux. Plusieurs fois primé, il se singularise par sa capacité d’adapter ses pièces de théâtre à l’écran. C’est ainsi que la pièce théâtrale « Le Devoir », publié en 1995, fut adaptée sous le titre de « Wadjibi » en 1996, un film qui enregistre un franc succès tant au plan national qu’au plan continental, car diffusé sur TV5, CFI, Canal Horizons et certaines chaînes nationales africaines. Il en est de même de la pièce « Barira » (1er Prix Littéraire National en 1992), adapté sous le titre de « Awa, la consécration »en 2012 série TV 3X26mn, tournée au Mali avec l’appui de la Télévision Malienne, le Gouvernement Malien.


Il a écrit aussi des scenarii de films, tout en travaillant comme consultant en communication au Burkina Faso. Après sa fin de mise en sa disponibilité de la fonction publique pour convenance personnelle, il a repris service à la Direction Générale des Impôts (service des Relations Publiques) le 02 Juillet 2012. Harouna nous revient avec un roman en édition « Le Retour des Cerveaux », dont le scénario, également déjà bouclé, est prêt à être tourné, pour paraître aux grands et petits écrans, Inch’Allah!


En octobre 2012 il réalise avec ses salaires de fonctionnaire avec l’appui matérielle de la Radio Télévision Ténéré un film documentaire :  » Oumarou GANDA, l’étoile filante du cinéma nigérien ».

En mars 2013,il réalise avec l’appui de son service et des autorités de son pays « Le droit chemin », un film fiction de 53’30 » qui encourage le civisme fiscal des citoyens pour permettre à l’Etat d’assurer ses charges publiques.

Quitter la version mobile