Dans une décision rendue publique la semaine dernière, le ministère de l’Intérieur a publié la liste des Organisations non gouvernementales (ONGs) et Associations de développement (AD) qui se sont mis en règle vis-à-vis de la réglementation concernant la publication officielle de leurs résultats financiers de l’exercice 2024. Selon la tutelle, ces organisations nationales et étrangères sont autorisées à continuer à exercer leurs activités au Niger. Des centaines d’autres qui ne se sont pas conformés à la réglementation en vigueur ont été suspendues et disposent d’un délai de deux mois (60 jours) pour se mettre à jour.
La décision signée par le Ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire (MISPAT), le Général de division Mohamed Toumba Boubacar, s’inscrit dans le cadre de l’ambition des autorités d’assainir le secteur des ONG et Associations de développement qui opèrent au Niger. Une volonté affichée au lendemain de l’avènement du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au pouvoir et qui se traduit notamment par une meilleure gouvernance des interventions et surtout la transparence dans la gestion des fonds des partenaires. C’est dans ce cadre que plusieurs ONG nationales et étrangères ont été déjà sanctionnées par la tutelle avec le retrait d’agrément à plusieurs d’entre elles ainsi que des mesures de suspension pour d’autres.
Dans la même lancée, le ministère de l’Intérieur avait rappelé à l’ordre, dans une note en janvier dernier, les ONG et Associations de développement pour qu’elles se mettent en règle vis-à-vis de la réglementation en vigueur notamment la publication au Journal Officiel (JO) de leurs états financiers pour les précédents exercice notamment ceux de l’année fiscale 2024.
Plusieurs organisations se sont mis en règle et dans la décision publiée le weekend dernier, leur liste a été rendue publique. Ces structures peuvent continuer à exercer leurs activités dans le pays, ce qui n’est pas le cas pour des centaines d’autres. Dans un message adressé aux autorités administratives notamment les Gouverneurs des Régions, le ministère de l’Intérieur a ordonné la suspension de leurs activités et un délai de 60 jours leur a été accordé pour qu’elles se conforment à la réglementation sous peine de suspension définitive et même de dissolution ou retrait d’agrément.
Le message ne fournit pas de précisions sur les modalités d’application de cette suspension et ne contient que la liste des structures nationales ainsi que de nombreuses ONG internationales actives dans l’humanitaire, la santé, le développement rural ou l’éducation.
Selon les chiffres officiels, le Niger compte plus de 4000 ONGs et Associations de développement sont enregistrés au Niger et constitue pour l’essentiel des partenaires de l’Etat pour la satisfaction des besoins des populations surtout en milieu rural où les attentes sociales sont nombreuses et les défis importants.
Il faut noter que cette décision de la tutelle intervient deux semaines après la tenue du Forum National des ONG et Associations de développement, organisé par le Ministère de l’Intérieur, du 29 au 31 octobre à Tillabéri, dans le nord-ouest du pays, à une centaine de kilomètres de Niamey, la capitale. La rencontre a servi de cadre d’échanges et de concertation entre les pouvoirs publics et les ONG/AD afin d’améliorer la coordination, la transparence et l’impact des interventions sur le terrain. Sous le thème « ONG et Associations de Développement : quelle intervention pour un développement endogène ? », le forum a permis de dresser un diagnostic complet du secteur, de relever ses défis structurels et d’identifier les pistes de réforme nécessaires pour renforcer son alignement avec les priorités nationales. Dans son allocution d’ouverture, le Ministre d’État a salué les efforts des humanitaires au Niger, tout en soulignant les défis persistants de leurs différentes interventions. Il s’agit notamment selon le général Toumba, du non-respect du cadre juridique, la faible traçabilité des ressources et le manque d’impact visible des projets sur les communautés bénéficiaires. Il a insisté sur la nécessité d’une meilleure synergie entre les ONG, les autorités locales et l’État pour garantir une contribution réelle au développement durable du pays. Ce forum, organisé conformément à l’objectif 8 de la lettre de mission du Ministre d’État, s’inscrit dans la vision du Chef de l’État visant à recadrer et harmoniser les interventions des organisations non gouvernementales. Le ministre de l’Intérieur avait d’ailleurs plaidé pour un « nouveau cadre juridique et institutionnel » pour réguler les interventions associatives.
Les travaux ont abouté à la formulation de recommandations assorties d’une feuille de route destinée à optimiser l’action humanitaire et de développement au Niger avec un accent particulier sur la transparence financière, la reddition régulière des comptes, la coordination des interventions et l’alignement sur les priorités nationales.
Il convient de noter qu’en plus de leur impact sur le terrain à travers leurs différentes interventions, les ONG et Associations de développement constituent un important secteur pourvoyeur d’emplois au Niger. La décision de suspension ou le spectre de retrait d’agrément pour certaines organisations, bien que motivée par des raisons légales et légitimes surtout dans un contexte de réaffirmation de la souveraineté nationale, a de quoi susciter d’inquiétudes au sein des agents travaillant dans ces structures.
Ikali Dan Hadiza (lesechosduniger.com)

