Le Niger fait face à un taux de chômage particulièrement élevé, notamment chez les jeunes diplômés. Selon un article du journal public ONEP publié en mai 2024, l’Agence nigérienne pour la promotion de l’emploi (ANPE) a enregistré en 2023 un total de 51 847 demandeurs d’emploi, dont 10 621 femmes.
Ce nombre accru de demandeurs sur le marché du travail crée un terrain propice aux arnaques à l’emploi sur les réseaux sociaux. Certains individus exploitent la vulnérabilité des jeunes en quête d’opportunités pour diffuser de fausses offres d’emplois ou de faux formulaires d’inscription dans un fichier de demandeurs d’emplois et exigent en des frais « d’enregistrement ».
Le 4 septembre 2025, la page Facebook Alvin Weaver a publié et sponsorisé une annonce de recrutement au Niger, massivement relayée dans des groupes et chaînes WhatsApp. L’annonce indique un recrutement à temps partiel pour des personnes âgées de 25 ans et plus. Présenté comme un travail flexible d’une à deux heures par jour, rémunéré entre 28 000 et 84 000 F CFA, ce supposé emploi serait exercé à distance via téléphone portable, avec un paiement quotidien.
La publication utilise le logo de l’ANPE en en-tête et la mention « Amazon » pour paraître plus crédible. Elle incite les internautes à « postuler automatiquement » et à contacter directement l’auteur par message. Les candidats sont invités à s’inscrire via un lien qui renvoie vers des documents supposés « renforcer leurs compétences intellectuelles grâce à l’intelligence artificielle ».

La page Facebook Alvin Weaver n’est pas la seule à diffuser de fausses annonces à l’emploi. Nos recherches nous a permis d’identifier d’autres pages comme Jordan Patrick Ford qui a publié une annonce fictive de travail en ligne pour un salaire journalier qui varie entre 8 0000 à 50 000 FCFA.
Le visuel de la publication commence une question qui montre clairement la cible de cette arnaque : « Êtes-vous actuellement au Niger ? ». Plusieurs d’autres expressions d’incitation et d’urgences sont utilisée pour appâter les chômeurs nigériens : « Salaire de départ + prime de performance », « Postulez dès maintenant?! », « Premier arrivé, premier servi ?! », « Votre carrière commence ici?! », « N’attendez pas le moment idéal ».

Escroquerie et vol de données personnelles
Une recherche sur le site de l’Agence Nigérienne pour la Promotion de l’Emploi et des médias partenaires qui lui servent de canaux de communication n’a permis de retrouver les traces de cette annonce. Elle ne figure nulle part. L’ANPE n’a pas publié cette offre sur son site. Le 4 septembre, elle a publié sur sa page Facebook un communiqué de démenti.

L’analyse de l’annonce d’emploi de la page Facebook Alvin Weaver révèle une manœuvre de collecte de données à caractère personnel, notamment le numéro de téléphone des internautes. En effet, l’annonce est accompagnée d’un formulaire accessible via clic sur « Postuler maintenant ». Cette incitation pressante à postuler qui cache un piège.
Une fois cliqué sur « Postuler maintenant », le formulaire embarque l’internaute dans une série trois étapes où il doit répondre « Oui » ou « Non » s’il veut gagner plus de revenus, fournir son numéro de téléphone avant de valider le formulaire après avoir donné son consentement implicite de partage de ses données personnelles.
« En cliquant sur Envoyer, vous acceptez d’envoyer vos informations à Alvin Weaver qui accepte de les utiliser en accord avec sa politique de confidentialité », peut-on lire très petit caractère à la dernière étape du formulaire. Selon plusieurs experts en cybersécurité, la collecte en ligne de numéros de téléphone constitue un risque de sécurité et d’atteinte à la vie privée.

« Votre numéro de téléphone peut être plus utile que vous ne le pensez, surtout pour un pirate. Grâce à votre numéro, les pirates peuvent vous envoyer des messages de phishing, usurper votre identité ou même accéder à vos comptes en ligne », précise une tribune signée par trois experts sur le blog Keeper Security en septembre 2025.
« Ces attaques de phishing utilisent un langage qui suscite un sentiment d’urgence et incluent des liens conçus pour vous inciter à cliquer et à saisir des mots de passe, des numéros de cartes de paiement et d’autres informations sensibles », explique-t-il.
Des pages Facebook fantômes
Créée en août 2025, la page Facebook Alvin Weaver ne présente aucun signes apparents d’activité régulière. Les informations de transparence fournies par Facebook montrent qu’elle est administrée depuis Singapour, un détail inhabituel pour une page qui prétend diffuser des offres d’emploi au Niger.
Après la publication d’une série de fausses annonces d’emploi signalée par les internautes, la page a supprimé l’ensemble de ses contenus. Le catalogue d’activités est désormais vide : plus aucune publication visible, plus aucune trace de commentaires ou d’historique ne subsiste, comme si l’espace avait été entièrement purgé.
Le sponsoring pour promouvoir les fausses offres d’emploi a été désactivé. Ce constat renforce l’hypothèse d’une opération frauduleuse démantelée après signalement, laissant derrière elle une page fantôme.
Le constat est identique pour la page Facebook Jordan Patrick Ford. Créée le 25 août 2023, cette page, selon les données de transparence de Facebook, est généré par 3 personnes dont 2 résidents à Hong-Kong et le troisième dans un pays non identifié. Le numéro affiché sur cette page (+84 869 785 108) est identifié comme un numéro du Vietnam.
Sur la page Alvin Weaver, on peut trouver le numéro : (434) 373-0249. Une petite recherche sur ce numéro nous a permis de découvrir que ce numéro est associé une page appelée USDT Sharing Site37 déjà soupçonnée d’escroquerie dans une publication sur Facebook.
Selon les données de transparence de Facebook, cette page créée en juillet 2025 sous le nom Rachael Marie est devenue USDT Sharing Site37 le 22 juillet de la même année. Toujours selon les données de transparence de Facebook, cette page est gérée par 3 personnes dont 2 localisées au Cambodge et 1 à Hong Kong.

Témoignage d’une victime
Dans le cadre de cette recherche, nous avons contacté plusieurs internautes escroqués via Messenger. Nous leur avons un numéro WhatsApp afin de recueillir leurs témoignages. Certains nous ont immédiatement bloqué, tandis que d’autres ont accepté de répondre à nos questions, à condition de conserver l’anonymat.
L’un des témoignages les plus marquants est celui d’une internaute qui affirme avoir envisagé de payer pour obtenir le poste annoncé, mais une somme de 100 000 FCFA, plus de trois fois le salaire minimum, était exigée. Cette somme dépassait largement ses moyens, nous explique-t-elle. Elle a tenté de négocier jusqu’à 50 000 FCFA, sans succès.
À la dernière étape, l’auteur de l’annonce lui a transmis un numéro commençant par 001xxxxxxx pour effectuer le paiement, alors que le travail était censé se dérouler au Niger. Cette incohérence l’a aussitôt dissuadée de poursuivre, estimant qu’un numéro nigérien aurait, à tout le moins, pu sembler plus crédible.

Cet article a été réalisé par Amina Dioffo avec le soutien de pairs de l’Académie africaine des enquêtes open source (AAOSI) de Code for Africa, grâce à un encadrement par les pairs et au soutien financier de l’Initiative pour la démocratie numérique dans le cadre du projet Digitalise Youth, piloté par le Partenariat européen pour la démocratie (EPD). Pour plus d’informations, consultez le site https://disinfo.africa/.

