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Bras de fer Niger-CNPC : Un premier pas vers ‘’la nigérisation’’ des postes stratégiques

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(Echos du Niger 26 août) La CNPC Niger Petroleum S.A., filiale locale du géant pétrolier chinois, vient d’annoncer une série d’ajustements au sein de son organigramme. Cette première décision de la CNPC intervient après plusieurs mois de bataille ‘’localisation des postes clés’’ imposé par les autorités de la Refondation afin de renforcer la présence du personnel Nigérien dans une entreprise qui joue un rôle vital pour l’économie nationale. Retour sur un bras de fer acharné entre Niamey et Pékin qui a finalement accepté concéder plus de place aux Nigériens au sein de la Direction de la CNPC Niger.

Depuis plusieurs mois, les autorités nigériennes et la direction de CNPC sont engagées dans un bras de fer houleux autour de la stratégie de gestion des ressources humaines. Le gouvernement, au nom de la souveraineté et de la valorisation des compétences nationales, insiste pour que les postes stratégiques cessent d’être monopolisés par les expatriés. La CNPC, de son côté, trainait les pas, invoquant la nécessité de maintenir des standards internationaux et de s’appuyer sur l’expertise technique étrangère.

C’est dans ce contexte qu’intervient le courrier daté du 20 août 2025, signé par le Directeur Général de CNPC Niger Petroleum, M. Zhang Yu, et adressé à l’ensemble du personnel. « La Direction a toujours considéré la localisation du personnel comme une base fondamentale pour la durabilité et le transfert de compétences », écrit-il, affirmant ainsi une volonté d’alignement sur les attentes des autorités.

Des promotions emblématiques…

Le Comité ses Ressources humaines (HRC) de la société a validé la promotion de deux cadres nigériens : Malam Souley Oukachafou, nommé Chef du Département des Ressources Humaines, et Saley Djibo Boubacar, élevé au poste de Chef du Département QHSE. Deux noms qui deviennent ainsi symboles d’un processus qui, jusqu’alors, semblait s’enliser.

Outre ces nominations symboliques, d’autres ajustements organisationnels ont été annoncés. M. Zhang Guangrong a été nommé Chef du Département Informatique, M. Huang Xu promu Directeur Adjoint du Département GMO, tandis que le Nigérien Malam Souley Oukachafou et son compatriote Saley Djibo rejoignent désormais la haute sphère de décision.

Le courrier insiste sur le fait que « certains postes auparavant occupés par des expatriés seront désormais confiés à du personnel national compétent », une formulation qui résonne comme un aveu : le rapport de force imposé par les autorités nigériennes porte ses fruits.

Pour les observateurs, cette évolution n’est pas anodine. Depuis l’année dernière, le gouvernement de Niamey avait multiplié les signaux en direction de la CNPC, exigeant davantage de nigérianisation des postes de responsabilité et la numérisation des process internes, afin d’assurer une meilleure traçabilité des opérations et des décisions. Deux exigences perçues à Pékin comme une remise en cause de la liberté managériale de la filiale nigérienne.

La CNPC, qui exploite le pipeline reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji, constitue un acteur incontournable de l’économie nigérienne. Le gouvernement, soucieux de renforcer la souveraineté économique, veut mettre fin à ce qu’il considère comme une dépendance excessive aux expatriés. « Doter la Police et la Garde Nationale de moyens adaptés, c’est renforcer la souveraineté nationale », affirmait récemment un ministre lors d’une remise d’équipements aux forces de sécurité. L’esprit est le même vis-à-vis de la CNPC : plus de compétences locales, moins de dépendance extérieure.

La CNPC, consciente du risque de crispation politique, cherche donc à rassurer. « Cette initiative vise à offrir aux employés qualifiés davantage d’opportunités d’occuper des postes de management, et à renforcer le transfert de connaissances et les capacités nécessaires pour atteindre une croissance durable », souligne le courrier de la direction.

Entre ouverture et prudence…

Cependant, certains syndicats internes restent sceptiques. Ils estiment que ces ajustements, bien que positifs, ne concernent qu’un nombre limité de postes, et que l’essentiel des fonctions stratégiques demeure entre les mains d’expatriés chinois. Pour eux, la question de la transparence au sein de la société reste entière. Le gouvernement, de son côté, n’a pas encore officiellement réagi à ces annonces.

Pour rappel, l’article 153 du Code pétrolier nigérien impose aux compagnies de recruter et de former des nationaux pour occuper progressivement toutes les fonctions techniques et administratives. Mais entre la théorie et la pratique, l’écart reste considérable. Avec cette série de promotions et d’ajustements, la CNPC tente de démontrer sa bonne volonté et de préserver une relation de confiance avec les autorités nigériennes. Reste à savoir si cela suffira à apaiser les tensions.

Youssouf Sériba(lesechosduniger.com)

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