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Industrie Pétrolière: Le gouvernement engage un nouveau bras de fer avec la CNPC-NP au risque de froisser la bonne entente entre Niamey et Pékin

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(Échos du Niger Niger 23 mai) Dans une correspondance adressée au PDG de la CNPC NP, le ministre du Pétrole, M. Sahabi Oumarou a exigé la résiliation des contrats de travail des expatriés qui ont excédé une durée de quatre (04) ans au Niger pour non-respect de la législation en vigueur notamment l’ordonnance d’aout 2024 sur le Contenu local. Les autorités nigériennes ont également sommés les agents concernés, y compris ceux des entreprises sous-traitantes et autres prestataires de services, de quitter le pays au plus tard le 31 mai prochain. De quoi s’attendre à de nouvelles tensions dans le secteur pétrolier du pays où l’entreprise chinoise règne jusque-là en maître presque absolu avec ses trois filiales (CNPCNP, SORAZ et WAPCO Niger), bien que pour le moment, la filiale du mastodonte CNODC tente de temporiser en jouant sur “les bonnes relations sino-nigériennes” pour tenter de s’octroyer au moins un sursis. En mars dernier, le gouvernement avait invoqué des entorses à la réglementation nationale pour expulser les principaux dirigeants des 3 entreprises chinoises ont été expulsés du Niger et l’établissement hôtelier “Soluxe de Niamey” , géré par un opérateur chinois, fermé sans autre forme de procès. Cette fois encore, le CNSP et le gouvernement, engagés dans « la réaffirmation de la souveraineté » dans le secteur de l’exploitation des ressources naturelles, compte encore aller jusqu’au bout en s’appuyant sur d’arguments valables malgré quelques inquiétudes sur certains aspects techniques de la gestion de l’industrie pétrolière. Au risque de froisser la bonne entente entre Niamey et Pékin, l’un des nouveaux partenaires stratégiques choyés par la Refondation..

C’est visiblement par la manière forte que les autorités nigériennes veulent mettre au pas les entreprises chinoises opérant dans le secteur stratégique du pétrole qui rechignent encore à s’adapter au nouveau contexte de souveraineté affirmée mis en avant par le gouvernement sous l’égide du CNSP et qui prend toute une ampleur dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles du pays! Après avoir expulsés, en mars dernier, les DG de la CNPC NP, WAPCO Niger et de la SORAZ, le gouvernement passe à la vitesse supérieure en sommant les 3 principales sociétés chinoises de l’industrie pétrolifère du Niger de se conformer à la nouvelle législation sur le Contenu local entrée en vigueur en août dernier.Dans une correspondance adressée il y a quelques jours au PDG de la China National Petroleum Corporation -Niger Petroleum (CNPC-NP), le Ministre du Pétrole Sahabi Oumarou a exigé la résiliation des contrats de travail des agents expatriés totalisant une durée de quatre (04) ans au Niger à compter du 08 mai 2025.

Selon les autorités nigériennes, cette exigence qui s’étend également aux employés des entreprises sous-traitantes ainsi qu’aux prestataires de service fait suite au constat du “mépris quant au respect de la réglementation en vigueur en République du Niger”. Il s’agit notamment, a cité le Ministre du Pétrole de l’ordonnance d’Août 2024 sur le Contenu local et la loi portant Code de Travail de 2012.

Pour rappel, la nouvelle Ordonnance sur le Contenu local entrée en vigueur suite à sa signature, le 02 août 2024 par le Président du CNSP, le Général Abdourahmane TIANI, impose aux entreprises opérant dans les secteurs des mines et des hydrocarbures l’emploi prioritaire de la main-d’œuvre nigérienne, l’utilisation des biens et services locaux, ainsi que le transfert de technologies, afin de renforcer l’autonomie technique du pays.Dans la même correspondance, le Ministre du Pétrole somme les agents expatriés concernés par cette mesure de rupture de contrat, “de quitter le territoire du Niger avant le 31 mai 2025”.

Les chinois jouent à l’apaisement en misant sur la diplomatie pour sauver la mise…

Selon nos informations, cette correspondance a atterri au niveau de la CNPC-NP et des autres sociétés chinoises du secteur du pétrole en début de cette semaine, la lettre n’étant pas datée. Et depuis, nous renseigne les mêmes sources, c’est le branle-bas de combat au niveau des dirigeants de ces sociétés mais aussi de l’Ambassade de chine au Niger pour qu’une issue favorable soit trouvée à cette décision drastique des autorités nigériennes.

Dans une brève réaction sur les réseaux sociaux et adressée aux médias suite à la publication de la décision des autorités nigériennes, la filiale de la CNODC a reconnu que “les trois projets de la CNPC au Niger ont tous reçu une lettre du Ministère du Pétrole, exigeant la rupture des contrats de travail de tous les agents expatriés ayant travaillé au Niger depuis plus de quatre ans (y compris ceux des sociétés de projet, des sous-traitants et des prestataires de services), demandant que les personnes concernées quittent le pays avant le 31 mai”. Et d’ajouter que “dans le respect des lois et règlements, avec un sens de responsabilité envers la coopération sino-nigérienne, les employés et les projets, en ce moment, les trois projets de la CNPC au Niger sont en dialogue positif avec le Ministère du Pétrole”.Les prochains jours seront donc décisifs pour le secteur pétrolier nigérien et l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie pétrolifère du pays et de la sous-région.

Si le gouvernement ne manque pas d’arguments juridiques valables sur cette question d’entorse à la règlementation qui n’a jamais été le dada des entreprises chinoises opérant dans le pays, il y a des aspects qui, en toute lucidité, suscitent quelques inquiétudes, comme le reconnaît d’ailleurs certains experts nationaux du domaine. Bien que cela fait presque plus d’une décennie que l’exploitation de l’or noir a débuté au Niger, le secteur est entièrement dominé par les partenaires chinois principalement la CNPC dont les activités comprennent l’exploration pétrolière et gazière, les investissements pétroliers et gaziers, l’ingénierie pétrolière et gazière et les services techniques pour la modernisation de l’industrie énergétique locale. Avec ses différentes sociétés et projets, la CNPC NP est actrice majeur dans les investissements pétroliers mais aussi et surtout dans l’exploration, la production et le transport, le raffinage (la SORAZ à Zinder) ainsi que l’exportation du pétrole brut à travers un pipeline qui passe par le Bénin et géré par WAPCO.

Des compétences existent certes mais pas sur toute la chaîne de production et comme l’a reconnu d’ailleurs le ministre du Pétrole Sahabi Oumarou, lors d’un entretien-bilan en début d’année sur la télévision publique, il y a des volets que le Niger ne maîtrise pas car certains contrats sont encore rédigés en chinois et des aspects techniques de l’exploitation technique ou de la gestion comptable géré depuis la Chine où au travers de sous-traitants et prestataires qui emploient eux-mêmes des …expatriés chinois!

Autant dire qu’en dépit de la pertinence de ses arguments, l’opportunité risque de poser quelques soucis à moins que toutes les dispositions soient prises pour que les postes qui seront touchés puissent être remplacés par des compétences locales et non pas de nouveaux contrats pour expatriés. Un tour de table dont les chinois sont encore maîtres sur le continent quant il s’agit de s’arranger avec les réglementations.

Les exemples sont assez édifiants au Niger comme ailleurs en Afrique. Pour le moment donc, c’est sur le terrain de la diplomatie que les chinois entendent miser pour se procurer ne serait-ce qu’un sursis. Cependant, le gouvernement qui est pleinement engagé dans sa politique de “réaffirmation de la souveraineté nationale” particulièrement sur l’exploitation des ressources naturelles va-t-il céder malgré les bonnes relations entre Niamey et Pékin? Les prochains jours nous édifieront..

A.Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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