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Saison des pluies 2025 : le Presass annonce des pluies excédentaires, le risques accru d’épidémie de cholera et de paludisme

Image d'illustration (EDN, un champ de mil à Maradi en aout 2024)

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(Echos du Niger 8 mai) La sonnette d’alarme a été tirée, une fois de plus, par les experts réunis au Forum 2025 des Prévisions Saisonnières (PRESASS). Organisé du 21 au 25 avril 2025 à Bamako, ce rendez-vous scientifique de haut niveau a livré ses prévisions pour la saison des pluies à venir dans les zones sahélienne et soudanienne. Au cœur des discussions : des précipitations annoncées comme excédentaires, des risques d’inondations majeurs, et des conséquences socio-économiques potentiellement dramatiques si rien n’est fait dès maintenant.

Les analyses fondées sur des données océaniques et climatiques actualisées indiquent des cumuls pluviométriques moyens à supérieurs à la normale, des débuts de saison précoces à normales, et des écoulements fluviaux également supérieurs aux moyennes dans plusieurs bassins de la sous-région. En clair, un cocktail propice aux inondations, aux ruissellements destructeurs, aux épidémies hydriques, à la destruction d’infrastructures et à l’aggravation des crises alimentaires. Le Niger, le Burkina Faso, le Mali ou encore le Tchad sont en ligne de mire.

L’année dernière, des recommandations similaires avaient été formulées lors du PRESASS 2024 à Abuja au Nigeria. Pourtant, plusieurs États n’avaient pas mis en œuvre les mesures de prévention suggérées.  Des inondations dévastatrices, des pertes en vies humaines, des milliers de déplacés, des écoles fermées, des infrastructures routières endommagées, des ponts qui ont cédé, en atteste celui de Sonrey à l’entrée est de ville de Niamey, des marchés inaccessibles, des champs de cultures anéanties. Les images de quartiers engloutis et de populations abandonnées à elles-mêmes hantent encore les mémoires. Il est donc impensable que les mêmes erreurs se reproduisent cette année.

Des recommandations claires, précises, et urgentes formulées…

Face aux prévisions 2025, les recommandations du PRESASS ne souffrent d’aucune ambiguïté. Pour prévenir les inondations, il est impératif de : renforcer la communication sur les prévisions saisonnières, curer les caniveaux, entretenir les digues et barrages, interdire l’occupation des zones inondables, améliorer les capacités d’intervention des secours, et anticiper les mouvements de population et de bétail.

En matière de santé publique, les eaux stagnantes attendues dans de nombreuses zones doivent alerter les autorités sanitaires sur le risque accru de choléra, paludisme et autres maladies hydriques. Il est recommandé de sensibiliser, vacciner, assainir les milieux de vie et renforcer les systèmes de veille épidémiologique.

Du côté de l’agriculture et de l’élevage, il s’agit d’adopter des semences résistantes, d’implanter des cultures adaptées aux excès d’eau, de promouvoir l’irrigation, de gérer rationnellement les ressources en eau et de surveiller les ravageurs comme le criquet pèlerin dont l’ombre plane déjà sur le Sahel.

Enfin, face aux séquences sèches longues prévues dans certaines zones, les États doivent anticiper les conflits agro-pastoraux en assurant une gestion inclusive des ressources, en créant des emplois et en soutenant les activités résilientes.

Le Niger, fortement exposé aux risques identifiés, ne peut plus se permettre de tergiverser. Il doit mettre en œuvre dès à présent les recommandations du Forum. Il en va de la sécurité de ses populations, de la sauvegarde de ses récoltes, de la stabilité de ses communautés rurales.

À tous les niveaux : gouvernement, collectivités, ONG, services techniques l’heure est à la mobilisation. Il faut sortir de la gestion réactive et passer à l’action préventive. L’information existe, les outils sont disponibles, les alertes sont données. Reste la volonté politique et l’engagement des acteurs. L’année 2025 pourrait être une année de progrès si les recommandations du PRESASS sont appliquées avec rigueur et sérieux. Mais si l’inaction prévaut, elle pourrait aussi être celle d’un nouveau drame annoncé.

Osons espérer que cette année, le Niger et ses voisins ne se contenteront pas d’écouter les prévisions, mais qu’ils les transformeront en plans concrets et en actions efficaces. Les populations, elles, n’ont plus le luxe d’attendre.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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