Cédéao: Le Conseil des ministres plaide pour un divorce à l’amiable et des relations apaisées avec l’AES

AES Afrique

(Échos du Niger 26 avril)Mandaté par les Chefs d’Etat, le Conseil des ministres de la Cédéao s’est enfin réuni cette semaine, à Accra, pour examiner le Plan de contingence et les Modalités de retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté. A l’issue de cette session extraordinaire qui a réuni les ministres des Affaires étrangères ainsi que leurs homologues des Finances de l’organisation, le Conseil a certes regretter ce retrait qui bouleverse les équilibres régionaux mais a plaidé pour “la sagesse et l’unité” afin de préserver la cohésion et le bien-être des peuples d’Afrique de l’Ouest. Un conseil à l’intention des dirigeants ouest-africains qui auront le dernier mot sur la question et qui répond pour l’essentiel, à la posture affichée par la Confédération des États du Sahel (AES). De quoi envisager de nouvelles relations apaisées entre les deux organisations ouest-africaines qui vont désormais définir ensemble les modalités de leur cohabitation notamment face à certains défis communs et dans l’intérêt des populations ouest africaines.

C’est en marge du lancement officiel des festivités du Cinquantenaire de l’organisation que le Conseil des ministres de la Cédéao, les 22 et 23 avril 2025 dans la capitale ghanéenne, a tenu sa session extraordinaire consacrée sur le plan de contingence et les modalités de retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO.

Au menu de cette réunion, qui a été mandatée par l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, les ministres chefs de la diplomatie et leurs homologues des finances qui composent le Conseil des ministres, ont examiné les plans de contingence et les modalités de séparation, notamment “l’impact sur les programmes en cours, la relocalisation des institutions et la poursuite de la libre circulation des personnes et des biens à travers la région”.

Une séparation actée, de nouvelles relations à convenir…

En accueillant les délégués, le Ministre des Affaires étrangères du Ghana, Samuel Okudzeto Ablakwa, a planté le décor en réaffirmant l’engagement de son pays envers l’intégration politique et économique de l’Afrique de l’Ouest.

Il a salué le parcours de 50 années de la CEDEAO et a remercié l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement pour avoir confié au Ghana l’organisation de cette session qui revêt une importance cruciale tant pour l’organisation que pour l’ensemble des peuples de la sous-région ouest-africaine. « “Bien que les relations puissent être rompues sur le papier, la réalité sur le terrain raconte une autre histoire », a-t-il déclaré, mettant en avant les liens culturels et économiques profonds qui unissent les peuples ouest-africains.

Le Ministre Ablakwa a appelé à « la sagesse, à la diplomatie et à l’unité pour naviguer dans cette période sensible », avant d’assurer les autres pays membres de l’engagement du Ghana à travailler en étroite collaboration avec tous les États membres et la Commission de la CEDEAO afin de préserver la cohésion régionale et le bien-être de tous les citoyens.De son coté, Dr Omar Alieu Touray, le Président de la Commission de la CE-DEAO, a plus axé son intervention sur l’engagement de la Communauté à préserver ses valeurs fondamentales face au retrait formel du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Il a noté que, bien que ces pays aient bénéficié des efforts d’intégration de longue date — tels que le Protocole sur la libre circulation, le Schéma de libéralisation du commerce de la CEDEAO (SLCC) et des programmes régionaux de développement multisectoriels — leur retrait, effectif à compter du 29 janvier 2025, nécessite une réponse coordonnée. « Cette réunion devrait examiner et convenir de nos futures relations avec les pays de l’AES », a déclaré le Président Touray.

Il a présenté le plan de contingence élaboré par les institutions de la CEDEAO, couvrant cinq domaines critiques : ajustements juridiques et institutionnels ; accès au marché et intégration économique ; coopération en matière de paix et de sécurité ; programmes de développement sectoriel ; et développement humain, y compris l’éducation et la santé. Le Président de la Commission a enfin tenu à exprimer sa confiance que toutes les délibérations seraient guidées par “l’objectif primordial de préserver le bien-être des populations de la région”.A son tour, le Président du Conseil des ministres, l’Ambassadeur Yusuf Maitama Tuggar, Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale du Nigeria, a appelé à “l’unité et à la résilience”.

Tout en reconnaissant la souveraineté des États se retirant, l’Ambassadeur Tuggar a exhorté les États membres à rester concentrés sur la vision à long terme de l’intégration et de la coopération régionales. Le Chef de la diplomatie nigériane n’a pas manquer d’encourager les ministres pour des délibérations constructives et a réaffirmé la détermination du Conseil à protéger et à renforcer l’héritage de la CEDEAO pour les générations futures.

Convergence de positions sur les modalités du divorce et le futur partenariat…

Les conclusions du Conseil des ministres seront soumis à l’approbation des dirigeants ouest-africains lors de leur prochain sommet prévu dans quelques mois. Cela va enfin ouvrir la voie au début des négociations officielles entre la Cédéao et l’AES. Il faut dire qu’après les premières divergences, l’heure est plus à l’apaisement entre les deux organisations. L’approche que prône visiblement la Cédéao rejoint dans une large mesure celle de la Confédération des États de l’AES. Des deux cotés, c’est l’intérêt des populations ouest-africaines qui est mis en avant comme enjeu principal des futurs négociations et du partenariat à convenir.

D’autant que pour la Cédéao, le défi que pose désormais l’expansion de la menace sécuritaire à partir du sahel vers les pays du Golfe de Guinée plaide pour un réalisme et une coopération sincère pour faire face à ce défi commun. La méfiance et l’absence de coordination dans la lutte contre le terrorisme ne peut, en effet, que profiter aux groupes armés terroristes (GAT) comme l’a si bien relevé le Président de la Commission, Dr Alieu Oumar Touray.

Au delà, d’autres défis communs comme ceux engendrées par le changement climatique et l’intégration plaide également en ce sens. Le Burkina Faso et les Républiques du Mali et du Niger se sont officiellement retirés de la CE DEAO le 29 janvier 2025, après avoir respecté une période de préavis d’un an. Une procédure qui a été entreprise conformément aux procédures énoncées dans le Traité révisé de la CEDEAO de 1993, qui régit le retrait de l’adhésion par les États membres.

Ikali Dan Hadiza (lesechosduniger.com)

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