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Le chef de la diplomatie Nigériane Yusuf Tuggar à Niamey : Une visite avec un goût d’ambiguïté diplomatique

Yusuf Tuggar

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(Echos du Niger 15 avril) Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, est attendu à Niamey ce 16 avril 2025 pour une visite « de travail » dit-on. Si l’annonce initiale de sa visite prévue le 15 avril avait déjà éveillé une certaine attention, son report d’un jour et l’opacité qui entoure les objectifs de cette mission diplomatique soulèvent davantage d’interrogations. Dans un contexte encore chargé de tensions entre les deux pays le Niger et le Nigeria, cette visite pourrait marquer un tournant, ou au contraire, raviver des crispations à peine apaisées.

Depuis la prise de pouvoir par les militaires en juillet 2023, les relations entre Abuja et Niamey ont remué entre fermeté et détente prudente. L’alignement résolu du Nigeria sur les sanctions de la CEDEAO à l’encontre du régime nigérien avait durement impacté les échanges entre les deux pays. L’image du Nigeria, alors en pointe dans l’exécution de ces mesures contraignantes, est encore vivace dans la mémoire des nigériens. En retour, Niamey n’a pas hésité à dénoncer ce qu’elle qualifie d’« activités subversives » à ses frontières, pointant ouvertement du doigt certaines complicités tolérées ou orchestrées depuis le territoire nigérian.

Or, au fil des mois, la rigidité de cette posture s’est usée, laissant place à une diplomatie plus pragmatique. Le Nigeria, en pleine recomposition de ses priorités géostratégiques, a récemment autorisé le Niger à s’approvisionner en carburant depuis son sol, geste perçu comme un signe d’apaisement. Mais cette détente reste fragile et, à bien des égards, conditionnelle. La question de la fourniture en électricité, enjeu névralgique pour Niamey surtout en ce mois d’avril période de l’année où la consommation électrique explose, reste également un levier de pression non négligeable entre les deux États.

Dans ce contexte, la visite du ministre Tuggar ne saurait être banale. Au demeurant, le chef de la diplomatie nigériane vient-il sceller une nouvelle ère de coopération bilatérale ou simplement rappeler, de façon plus feutrée, une nouvelle dynamique diplomatique entre les deux États ? Le spectre de la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum plane inévitablement sur cette visite, d’autant plus que les dernières délégations nigérianes à Niamey, menées par l’ancien président Abdulsalami Abubakar avaient toutes eu ce seul objectif en ligne de mire.

La diplomatie, dit-on, aime les silences plus que les déclarations. Mais à l’heure où les peuples attendent des gestes concrets plutôt que des symboles, l’ambiguïté devient un luxe périlleux. Niamey, qui cherche à consolider ses alliances et affirmer sa souveraineté, scrutera cette visite avec autant de méfiance que d’espoir. Le ministre Tuggar, s’il entend jouer un rôle utile dans cette recomposition sous régionale, devra parler clair et agir juste.

La politique de la main tendue ne saurait être un simple exercice de communication. Il est temps, pour Abuja comme pour Niamey, de sortir des demi-mots et d’assumer une vision claire des relations futures.

Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

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