(Echos du Niger 9 avril) Le 7 avril 2025, la Coalition des Syndicats de l’Éducation et de la Formation Professionnelle (COSEFP) a annoncé un préavis de grève de 48 heures, pour les 10 et 11 avril, en vue de protester contre le non-respect des engagements pris par le gouvernement vis-à-vis des enseignants. Ce mouvement, s’il est perçu par certains comme une simple revendication syndicale, est en réalité un cri de désespoir d’une profession sous pression et d’un système éducatif à bout de souffle.
Les raisons de cette grève sont multiples et découlent d’une série de promesses non tenues. La COSEFP dénonce en premier lieu le non-respect des engagements pris lors des discussions du 4 décembre 2024, ainsi que l’inaction persistante face à la création d’un comité interministériel de négociation. La situation est d’autant plus alarmante que le gouvernement semble faire preuve d’un manque de volonté de dialogue. La lettre de la COSEFP du 7 février 2024, adressée au président du comité, est restée sans réponse, tout comme l’appel à l’action du communiqué de presse du 27 février 2024.
À travers cette grève, la COSEFP exige des réponses claires et des actions concrètes. Elle réclame, entre autres, l’ouverture du recrutement sans concours des enseignants contractuels après quatre ans de service, une mesure qui vise à récompenser l’engagement des professionnels de l’éducation sans pour autant imposer des critères rigides de sélection. Le gouvernement semble, cependant, dans une logique de maintien du statu quo, en fermant les yeux sur les conditions de travail des enseignants contractuels, qui constituent pourtant l’épine dorsale de l’éducation dans de nombreuses régions du pays.
De plus, la COSEFP exige une négociation immédiate autour de la plateforme revendicative signée en décembre 2024, et la libéralisation de la domiciliation des salaires des agents contractuels dans les institutions bancaires de leur choix. Des demandes qui paraissent légitimes et qui ne sont, en principe, pas des fardeaux insurmontables pour un gouvernement sensé et à l’écoute de ses citoyens. Pourtant, l’absence de réaction des autorités met en lumière une déconnexion inquiétante entre le pouvoir en place et les réalités du terrain.
Cette grève n’est pas seulement une opposition à des mesures jugées injustes, elle représente aussi une réponse à un système éducatif en crise. Les enseignants, souvent mal rémunérés et travaillant dans des conditions précaires, se battent pour la dignité de leur profession. Leur colère est légitime, car elle découle d’une série de promesses non tenues et d’un dialogue interrompu par le silence des autorités.
Il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement continue de jouer la montre et d’ignorer les revendications légitimes des enseignants. Le respect des engagements devrait être la priorité absolue d’un pouvoir soucieux du bien-être de ses citoyens. Au lieu de cela, le gouvernement semble opter pour la stratégie de l’attente, espérant sans doute que la pression finira par retomber. Or, l’histoire a montré que la colère des enseignants, lorsqu’elle est nourrie par l’indifférence, se transforme rapidement en une contestation sociale de grande ampleur.
La COSEFP, en appelant à cette grève, met ainsi la pression sur un gouvernement qui se retrouve désormais face à un dilemme : répondre aux demandes de la COSEFP, ou risquer une paralysie totale du secteur éducatif. Un choix crucial qui pourrait, à terme, affecter l’ensemble du système éducatif du pays. Le gouvernement doit maintenant faire preuve de la responsabilité et de la transparence attendues par la nation.
Mahamadou Tahirou(lesechosduniger.com)

