(Echos du Niger 29 février) Les principaux syndicats affiliés à la Confédération Démocratique des Travailleurs du Niger (CDTN) ont catégoriquement rejeté la proposition d’un prélèvement sur les salaires des fonctionnaires et employés pour contribuer au Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP). Une fin de non recevoir qui risque de contrarier les autorités de transition mais qui s’explique par la morosité économique ambiante du moment que vivent les travailleurs de l’État et autres salariés du privé. D’autant plus que ces derniers temps, la gestion du Fonds créé par le CNSP pour accompagner la dynamique d’affirmation de la souveraineté, le soutien aux FDS et le développement du pays, alimente une vive polémique au sein de l’opinion sur l’utilisation des ressources mobilisées.
C’est par un “refus catégorique” qui sonne comme un refrain que les principaux syndicats affiliés à la Confédération Démocratique des Travailleurs du Niger (CDTN) qui a sollicité leur avis, à travers une correspondance datée du 19 février 2025, sur la proposition de prélèvements sur les salaires au profit du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP). Les syndicats qui ont été appelés à se prononcer au plus tard le lundi 24 février dernier pour que le Centrale puisse se prononcer mais la réaction de leurs bureaux exécutifs nationaux ne s’est pas faite attendre. Dans une quasi-unanimité, les syndicats affiliés ont opposé un “refus ferme et catégorique” à la dite proposition sans même, pour bien des cas, se donner la peine d’avancer des arguments qui ont motivé la décision.
Des puissants syndicats des Enseignants (SNEN) ou de la Santé (SUSAS) en passant par celui des Agents des médias publics (SYNTRAPRESSE), des Finances (SNAF) ou de la Jeunesse, de l’Éducation, de la Culture et des Sports (SYNAJECS), tous ont fermement opposé une fin de recevoir à la proposition soumise au BEN/CDTN.

Un contexte socioéconomique peu favorable…
Il faut dire que la CDTN, la confédération la plus représentative des centrales du pays, est majoritairement composée de syndicats affiliés qui relèvent des travailleurs du secteur public. Le contexte socioéconomique ne s’y prête guerre avec la situation que traverse le pays depuis les évènements du 26 juillet 2023 et l’avènement du CNSP au pouvoir avec les sanctions économiques et financières qui ont été imposée au pays et dont les répercussions continue de plomber l’économie nigérienne. Avec en filigrane, une flambée sans précédent des prix des produits de première, ce qui a aggravé le coût de la vie pour les citoyens et en particulier pour les fonctionnaires. « On s’attendait plutôt à une augmentation de salaire au regard de l’augmentation galopante du coût de la vie mais au lieu de ça, le gouvernement veut faire des prélèvements sur notre maigre salaire qui subit déjà des coupes en raison de la pression fiscale qui ne fait que s’accentuer », déplore un agent du ministère des Finances qui se désole de cette mesure envisagée par les autorités de transition pour renflouer les caisses de l’État.
« Les travailleurs de la presse estiment qu’ils ont déjà contribué et qu’ils ne sont pas prêts à consentir une coupure supplémentaire sur leurs salaires » a mis en avant dans sa réponse à la lettre du BEN/CDTN, le Bureau national du Syndicat des travailleurs de la Presse (SYNTRAPRESSE) qui se réfère aux contributions volontaires déjà mobilisées dans toutes les régions du pays par les agents des différents organes publics des médias. En échos, le SYNAJECS dit rejeter la proposition mais se dit « favorable à apporter son concours à travers une sensibilisation pour une contribution volontaire des travailleurs de son secteur », selon les explication de son Secrétaire général Issoufou Amadou.
Forte pression et suspicions sur la gestion du FSSP…
Il faut reconnaitre que l’autre facteur qui explique cette fin de non recevoir des travailleurs, c’est aussi la pression fiscale qui s’est accentué ces derniers mois avec la multiplication des taxes et autres redevances ou prélèvements comme c’est le cas avec les nouvelles mesures instituées dans la loi des finances 2025.
En plus du contexte socioéconomique peu favorable, ce refus des travailleurs membres des syndicats affiliés à la CDTN intervient au moment où la gestion du Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP), dirigé par Mme Brah Réki Djermakoye, fait l’objet de critiques notamment sur l’utilisation des ressources mobilisées.

Il reste que malgré cette ferme opposition des travailleurs à voir des coupes opérées à la source sur leur salaire pour renflouer le Fonds de solidarité peut contrarier le gouvernement qui dispose d’un autre levier pour contourner cette décision imposée à la CDTN par ses syndicats affiliés. On se rappelle qu’à la création de ce fonds, le gouvernement avait proposé un prélèvement volontaire de 10 FCFA sur les tarifs des communications téléphoniques. Il fallait alors souscrire volontairement pour contribuer au fonds et face à la faible mobilisation des utilisateurs, les autorités de transition ont imposé la contribution à travers l’ordonnance 2023-18 du 21 décembre 2023 qui a modifié et complété l’ordonnance 2023-13 du 11 octobre 2023 portant création du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie.
L’imposition du prélèvement, une autre alternative pour le gouvernement…
En dépit de ce front du refus, le gouvernement pourra être tenté de passer par la force ou de compter sur les autres centrales syndicales pour parvenir à ses fins, au risque de provoquer une levée de bouclée des syndicats et d’amplifier la grogne sociale qui couve actuellement.
Pour rappel, le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP) a été créé par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) pour faire face aux “sanctions inhumaines imposées” au peuple du Niger par les partenaires financiers et régionaux, par ordonnance N°2023-13 du 11 octobre 2023 modifiée et complétée par les ordonnances qui a été modifié par les ordonnances N°2023-18 du 21 décembre 2023 et N°2024-42 du 16 août 2024. Le FSSP se décline comme un fonds souverain alimenté par les contributions volontaires des nigériens et des institutions ainsi que par des prélèvements sur certaines prestations et frais. Le fonds est dédié, entre autres, au financement de l’équipement des Forces de défense et de sécurité, à la réalisation de projets structurants, la participation à la prise en charge des citoyens victimes de déplacement forcé lié à l’insécurité, leur relocalisation, leur réintégration locale et leur retour volontaire, la prise en charge de la mobilisation sociale des populations dans le cadre des actions citoyennes ainsi que la création d’emplois en faveur des jeunes et des femmes à travers le financement des projets innovants.
A.Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

