Moro Naba chef coutumier vénéré au Burkina Faso

Burkina: un statut pour éloigner les chefs coutumiers et traditionnels de la politique

Culture Politique

(Echos du Niger 13 février)Le gouvernement de transition du Burkina Faso a adopté, mercredi 12 février en Conseil des ministres, un nouveau statut de la chefferie coutumière et traditionnelle actée. En plus revaloriser le rôle de cette institution dans la consolidation de la paix, la nouvelle réglementation vise à encadrer les modes de dévolution et surtout d’éloigner les dépositaires des us et coutumes du pays de la politique sauf démission de la part de ceux qui en sont tentés. Une initiative qui peut inspirer au Niger au moment où les autorités de transition envisagent la révision du statut de la chefferie traditionnelle afin d’adapter leur rôle aux réalités et dynamiques actuelles.

Au pays du Mogho-Naaba, la chefferie traditionnelle et coutumière sera bientôt encadrée avec un nouveau statut dont le projet de loi a été adoptée mercredi 12 février en Conseil des ministres présidée par le Chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré. “Les sociétés traditionnelles au Burkina Faso consacrent une multitude d’organisations sociopolitiques dont la chefferie coutumière et traditionnelle qui participe à la construction de l’Etat”, a expliqué le gouvernement de transition à l’issue du Conseil, avant de reconnaitre que “l’insuffisance d’un encadrement de la chefferie traditionnelle et coutumière constitue un terreau fertile à la multiplication en son sein de conflits de nature à compromettre la paix sociale”. C’est pourquoi, a décidé le gouvernement le projet de loi ainsi adoptée vise à accorder un statut à la chefferie coutumière et traditionnelle afin qu’elle puisse mieux apporter sa contribution à la construction de la paix.

Pour le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, Emile ZERBO, ce projet de loi permettra de régir « l’une des plus anciennes institutions de notre histoire » qui a été impliquée dans la résolution de plusieurs crises traversées par notre pays. La nouvelle réglementation prévoit ainsi de  fixer clairement le rôle et la fonction de la chefferie traditionnelle et permet son intégration dans l’ordonnancement juridique du pays. “Il permet de revaloriser la chefferie coutumière et traditionnelle afin de participer à la consolidation de la paix au Burkina Faso. Le texte prévoit aussi les modes de dévolution de la chefferie traditionnelle”, a indiqué le ministre ZERBO qui a rappelé également que ce texte interdit et sanctionne l’auto-proclamation.

Pas de rémunération et aucune activité politiques pour les Chefs traditionnels et coutumiers…

En outre, le nouveau statut ne prévoit aucune rémunération pour les chefs coutumiers ou traditionnels et exige de ces acteurs la démission s’ils veulent s’engager en politique. « C’est un texte qui permet aux chefs coutumiers et traditionnels de jouer le rôle que nous avons toujours voulu au Burkina Faso, c’est-à-dire des chefs qui rassemblent les populations et consolident la paix”,  a précisé le ministre d’État.

Au Niger, la Chefferie traditionnelle constitue un acteur majeure de la vie sociopolitique du pays, en plus de son rôle de dépositaire des traditions, coutumes et cultures, et dispose d’un  statut qui fait d’elle une collaboratrice de l’administration. Cependant, ces dernières années, l’interférence de la politique a beaucoup impacté son rôle social et d’acteurs de la paix et de la cohésion  sociale. C’est en ce sens que lors de sa dernière sortie médiatique de présentation de bilan et des perspectives, le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire, le général de brigade Mohamed Toumba, a annoncé parmi les réformes en cours au sein de son ministère, une révision de ce statut afin de pallier à ses insuffisances. Une initiative qui tombe opportunément dans ce contexte de refondation de la République et surtout d’affirmation de la souveraineté traditionnelle, la chefferie traditionnelle comme les autres institutions nationales, ayant été fortement impacté par la colonisation ainsi que l’influence occidentale même après la période postindépendance.

Youssouf Sériba(www.lesechosduniger.com)