Propos de Macron sur le retrait des troupes françaises: Les cinglantes répliques du Tchad, de Sonko et de l’Algérie!

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(Echos du Niger 8 janv.) Comme il fallait s’y attendre après les condescendantes déclarations empreintes de paternalisme avec lesquels le président français a voulu régler ses comptes avec certains dirigeants africains, la réponse du berger à la bergère n’a pas tardé sur le continent. En réponse aux déclarations faites lundi devant les ambassadeurs d’Emmanuel Macron dans lequel il réfutait l’idée d’un recul de l’ancienne puissance coloniale en Afrique mais plutôt un réajustement de sa stratégie militaire initiée par Paris, les pays qui se sont sentis visés ou concernés ont répondu avec autant de vigueur à l’attaque de Macron faite à la dignité des Etats africains! Le Tchad d’abord, à travers un communiqué de son Chef de diplomatie puis le Sénégal ensuite avec une sortie moins officielle du Premier ministre Ousmane Sonko sur x. Hier mardi dans la soirée l’Algérie a également répondu à travers un communiqué du gouvernement.

La première salve de réplique des dirigeants africains est venu du Tchad qui a récemment dénoncé ses accords de défense avec la France avec qui le pays avait pourtant une des relations les plus solides sur le continent avec une présence militaire depuis le lendemain des indépendances. Dans un communiqué signé par le Ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères et de la Coopération, Abderaman  KOULAMALLAH, le gouvernement tchadien a tenu à exprimer “sa vive préoccupation” suite aux propos tenus récemment par le Président de la République française et qui reflètent “une attitude méprisante” à l’égard de l’Afrique et des Africains. « Le Tchad tient à rappeler qu’il n’a aucun problème avec la France en tant que nation ni avec le peuple français, avec lequel il partage une histoire marquée par des relations humaines et culturelles. Cependant, les dirigeants français doivent apprendre à respecter le peuple africain et reconnaître la valeur de ses sacrifices », a souligné le gouvernement tchadien avant de rappeler que l’Histoire atteste que l’Afrique, y compris le Tchad, « a joué un rôle déterminant dans la libération de la France » lors des deux guerres mondiales, « un fait que la France n’a jamais véritablement reconnu » selon la diplomatie tchadienne. Et d’ajouter que « les sacrifices immenses consentis par les soldats africains pour défendre la liberté ont été minimisés, et aucun remerciement digne de ce nom n’a été exprimé », en réponse certainement à “l’ingratitude” de certains dirigeants africains déploré par le chef d’Etat français lundi dans son intervention devant ses Ambassadeurs.

Une décision souveraine et assumée du Tchad selon le gouvernement

En ce qui concerne le Tchad,  le communiqué souligné que la construction de l’armée tchadienne n’est pas l’œuvre de la France. « Notre armée, forte et résiliente, est le fruit de la bravoure du peuple tchadien et des sacrifices consentis avec des moyens modestes », a renchérit le chef de la diplomatie tchadienne et porte-parole du gouvernement. Et de poursuivre dans le communiqué que “la France n’a jamais doté l’armée tchadienne de manière significative ni contribué à son développement structurel”. En 60 ans de présence marqués par des guerres civiles, des rébellions et une instabilité politique prolongée, est-il mentionné, “la contribution française a souvent été limitée à des intérêts stratégiques propres, sans véritable impact durable pour le développement du peuple tchadien”. Pour le gouvernement tchadien, au lieu de s’en prendre à l’Afrique, le Président Macron devrait concentrer ses efforts sur la résolution des problèmes qui préoccupent le peuple français. “Le peuple tchadien aspire à une souveraineté pleine et entière, à une véritable indépendance, et à la construction d’un État fort et autonome, acquis au prix de sacrifices inestimables. Nous invitons nos partenaires, y compris la France, à intégrer cette aspiration légitime dans leur approche des relations avec l’Afrique”, a conclu le ministre d’Etat tchadien dans son communiqué de réponse qui a vite fait le tour des médias et de la toile tout comme celui posté quelques instants après par le premier ministre du Sénégal.

La France n’a ni la capacité ni la légitimité d’assurer la sécurité de l’Afrique selon Sonko

Au Sénégal, les nouvelles autorités ne se sont pas donné la peine de s’encombrer de protocole pour répondre aux propos du président français. C’est le très populaire et charismatique Premier Ministre Ousmane Sonko qui a pris sur loin la charge de donner la réplique à Macron qui a affirmé, dans son intervention polémique, que le départ annoncé des bases français aurait été négocié entre les pays africains qui l’ont décrété et la France. Et d’estimer, par la même occasion, que c’est par simple commodité et par politesse que la France a consenti la primeur de l’annonce à ces pays africains. “Je tiens à dire que, dans le cas du Sénégal, cette affirmation est totalement erronée”, a poliment déclaré le Premier ministre Sonko avant de souligner qu’aucune discussion ou négociation n’a eu lieu à ce jour et que “la décision prise par le Sénégal découle de sa seule volonté , en tant que pays libre, indépendant et souverain”.

Évoquant la partie du show médiatique du chef d’Etat français dans laquelle il a affirmé qu’ « qu’aucun pays africain ne serait aujourd’hui souverain, si la France ne s’était déployée », le Chef du gouvernement sénégalais dit constater « que la France n’a ni la capacité ni la légitimité pour assurer à l’Afrique sa sécurité et sa souveraineté ». Bien au contraire, a poursuivi SONKO, « elle a souvent contribué à déstabiliser certains pays africains comme la Lybie avec des conséquences désastreuses notées sur la stabilité et la sécurité du Sahel ». Et en guise de conclusion au message publié sur ses comptes sur les réseaux sociaux, il a tenu à  rappeler au Président Macron que « si les soldats Africains, quelquefois mobilisés de force, maltraités et finalement trahis, ne s’étaient pas déployés lors la deuxième guerre mondiale pour défendre la France, celle-ci serait, peut être aujourd’hui encore, Allemande ». Une belle leçon magistrale d’histoire et de géopolitique que le Président français aura du mal à nier et des réactions assez courageuses de dirigeants africains qui se sont sentis en devoir de rappeler Macron à l’ordre…Pour ceux qui en ont la trempe naturellement et qui ne se retrouvent pas dans ses affirmations!

Tard dans la soirée d’hier, le gouvernement Algérien a quant à lui aussi répondu à sa manière aux déclarations méprisante de Macron en ces termes :

Aboubacar Yacouba Barma (lesechosduniger.com)

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