Niger : le Nigeria à nouveau accusé de tentative de déstabilisation une représentante diplomatique du pays convoquée

Actualité Coopération Diplomatie Sécurité

(Échos du Niger 20 décembre)Les autorités nigériennes de transition accusent à nouveau le Nigeria de persister à servir de base arrière aux tentatives de déstabilisation du pays en complicité avec « certaines puissances étrangères » et « les dignitaires fugitifs du régime déchu protégés par Abuja ».

A cet effet, et pour se faire entendre, le Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Bakary Yaou Sangaré a convoqué, mercredi dernier à Niamey, la chargé d’Affaire de l’Ambassade du Nigeria au Niger pour condamner ces « attaques abjectes » ainsi que ces « entreprises honteuses » de déstabilisation contre un pays frère tout en réaffirmant sa détermination à poursuivre et à châtier les auteurs de ces « manœuvres subversives », notamment les récentes attaques contre le pipeline dans la région de Dosso orchestrées depuis le Nigeria, qui abrite également des bases militaires étrangères à ses frontières avec le Niger. L’occasion pour le CNSP et le gouvernement de réaffirmer, par la voix du chef de la diplomatie, leur ferme volonté de tout mettre tout en œuvre pour assurer la paix et la quiétude pour sa population et de coopérer avec tous les pays épris de paix, dans un esprit de fraternité et de respect mutuel comme le Niger en a déjà administré les preuves en décidant de normaliser ses relations avec son voisin, auquel il est lié par l’histoire et la géographie, en dépit des décisions « hostiles » soutenues par les autorités nigériennes contre le Niger.

En l’absence de l’Ambassadeur du Nigeria au Niger, c’est la chargée d’Affaires qui a répondu à la convocation des autorités nigériennes qui ont tenu, à travers cette procédure diplomatique, de rappeler Abuja à l’ordre. Selon le communiqué lu jeudi soir à la télévision nationale qui en a diffusé les images de l’entretien assez glacial entre le Chef de la diplomatie nigérienne, entouré de son staff, et de la diplomate nigériane, le ministre Bakary Yaou Sangaré a d’abord tenu à rappeler que « le Niger est un pays de paix qui n’a jamais agresser un pays « et ne servira jamais de base arrière pour déstabiliser un pays tiers encore moins un pays voisin ». Et de préciser que le CNSP et le Gouvernement nigérien travaillent à entretenir de bonnes relations avec les pays du monde entier sur la base du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures.

Le ministre a saisi l’occasion pour également rappeler les rapports étroits qui caractérisent les relations entre le Niger et le Nigeria, deux pays liés par l’histoire et la géographie. « Ces relations ont été malheureusement éprouvées par les sanctions et la menace d’une intervention militaire par la Cédéao contre le Niger soutenue fermement par les autorités du Nigeria », a poursuivi le ministre Sangaré qui a fait remarquer qu’après plus d’un an de froid entre les deux pays, « le Niger a nonobstant une présence militaire hostile avérée à ses frontières avec le Nigeria, pris la courageuse décision d’engager la normalisation de nos relations ».

C’est dans cette perspective, a souligné le chef de la diplomatie nigérienne, que les deux pays ont échangé des délégations de haut niveau dont la récente visite du chef d’État-major de l’Armée de la République Fédérale du Nigeria au Niger. C’est ainsi que, a-t-il poursuivi dans la même lancée, que le Protocole d’accord signé entre les deux parties lors de cette visite relatif au renforcement de la coopération sécuritaire est sensé exprimer « la volonté des deux pays de combattre le terrorisme et le trafic transfrontalier en tout genre qui constitue une menace existentielle » pour les deux pays.

« En dépit de tous ses efforts, il est regrettable de constater que le Nigeria n’a pas renoncé à servir de base arrière à la déstabilisation du Niger en complicité avec certaines puissances étrangères et les dignitaires de l’ancien régime auquel il offre un refuge assorti de prise en charge », a assené le ministre des Affaire Etrangères et de la Coopération qui s’est appuyé pour ce faire, à « de récentes révélations » qui font état « d’une certaine complicité de l’appareil sécuritaire nigérian dans les attaques du pipeline Niger-Bénin aux environs de Dioundou et Bella, Lido et Karakara et d’une entreprise orchestrée à partir du Nigeria en étroite complicité avec les fugitifs de l’ancien régime visant à mettre le feu et à sang, les villes et villages du Niger ».

Cema du Nigéria et du Niger

Selon le communiqué, le Chef de la diplomatie nigérienne a clairement indiqué à la chargée d’Affaires de l’Ambassade du Nigeria à Niamey, que « le Niger fustige le silence complice des autorités du Nigeria qui prétendent travailler à la normalisation de nos relations, concernant le sort des fugitifs mentionnés ci-dessus qui continuent en toute impunité et de concert avec certains officiels nigérians à poser des actes subversifs contre le Niger et la question des forces étrangères à nos frontières notamment les camps en construction de Guigani et Guidan Kata ».

Enfin, a indiqué le ministre Bakary Yaou Sangaré, « le Niger tout en condamnant ces attaques abjectes et ces entreprises honteuses de déstabilisation contre un pays frère reste déterminé à poursuivre et châtier les auteurs, mettre tout en œuvre pour assurer la quiétude et la paix pour sa population et coopérer avec tous les pays épris de paix, dans un esprit de fraternité et de respect mutuel ».

Ce n’est pas la première fois que le torchon brule entre Niamey et Abuja depuis les évènements du 26 juillet 2023 et la prise du pouvoir par le CNSP. En plus de la mise en œuvre drastique des sanctions ainsi que la menace d’une intervention militaire décidées par la Cédéao, dont le Président nigérian Ahmed Bola Tinubu assure la présidence en exercice, le Niger a accusé le Nigeria de servir de base arrière pour des manœuvres de déstabilisation avec la complicité de certaines puissances étrangères notamment la France ainsi que des dignitaires du régime déchu de Bazoum Mohamed qui ont fait du géant voisin, leur terre d’exil tout en orchestrant des actes hostiles contre le Niger comme c’est le cas dernièrement avec les attaques du pipeline et de certaines localités des régions de Tahoua et de Dosso, par des assaillants venus du Nigeria où ils se replient par la suite.

Bakary Yaou avec l’ambassadeur du nigeria en mai 2024

Malgré les multiples preuves brandies par Niamey, Abuja a toujours réfuté ces accusations et ce nouveau rappelle à l’ordre des autorités nigériennes risque encore de refroidir la normalisation en cours des relations entre deux pays voisins dont les peuples sont intimement et historiquement liées. Un mauvais présage pour les populations des deux pays alors que la sortie des Etats de la Confédération de l’AES arrivent à grand pas et qu’il faille trouver un compromis pour assurer « la prospérité et le bien-être des populations » tant ressasser par le vieux Tinubu, l’allié d’Emmanuel Macron.

Aboubacar Yacouba Barma

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *